đŸȘ Claude Et Georges Pompidou L Amour Au Coeur Du Pouvoir

LeCentre national d'art et de culture Georges-Pompidou, plus communĂ©ment appelĂ© Centre Georges-Pompidou, Centre Pompidou ou Centre Beaubourg, est un Ă©tablissement poly-culturel (musĂ©es, expositions, bibliothĂšque, confĂ©rences, cinĂ©mas, ..) situĂ© dans le quartier Beaubourg, dans le 4e arrondissement de Paris, entre le quartier des Halles et le Marais. Ensemble ils vont grimper une Ă  une les marches du pouvoir. Ensemble, ils feront face aux coups bas, au complot et Ă  la maladie qui emportera Georges Pompidou le 2 avril 1974. Claude Pompidou vient de la Mayenne, Georges du Cantal. Ils partagent Ă  la fois l’amour de la campagne et l’envie de quitter la province pour monter Ă  Paris. LELAN DU COEUR : POMPIDOU,CLAUDE: Amazon.ca: Livres. Aller au contenu principal.ca. Bonjour Entrez votre adresse Livres Bonjour, S'identifier. Comptes et Listes Retours et Commandes. Panier Toutes LebĂątiment du Centre Georges Pompidou ressemble sans doute Ă  un vaisseau amarrĂ© au quai Saint-Merri. Au moment oĂč s'achĂšve la construction du Centre, je pense au sentiment qui doit Ă©treindre le navigateur avant qu'il ne s'Ă©lance sur l'intonnu. La construction du vaisseau a mobilisĂ© toutes nos Ă©nergies, tout notre enthousiasme pendant six annĂ©es. Il a Ă©tĂ© conçu pour traverser InvitĂ©de l’édition 2009 du Nouveau festival, rendez-vous interdisciplinaire de la crĂ©ation contemporaine, le tandem excentrique formĂ© par Sophie Perez et Xavier Boussiron, trublions des [] Ecritsde Georges Pompidou OuvragesAnthologie de la poĂ©sie française, 1re Ă©dition 1961, 2e Ă©dition 1968, 3e Ă©dition 1971, Paris, Hachette, 541 p.Quatre ouvrages regroupant des Ă©crits et pensĂ©es de Georges Pompidou sont posthumes :Le NƓud gordien, Paris, Plon, 1974, nouvelle Ă©dition 1975, 208 p.Pour rĂ©tablir une vĂ©ritĂ©, publiĂ© par Claude Pompidou et Jean-François LesobsĂšques de Claude Pompidou se sont dĂ©roulĂ©es dans une atmosphĂšre d\'Ă©motion et de simplicitĂ© vendredi en l\'Ă©glise Saint-Louis-en-l\'Ile, dans le coeur historique de Paris oĂč vĂ©cut mercredi27 fĂ©vrier 2013 Ă  09:15 | Tony Cotte Capture France 2 AprĂšs s’ĂȘtre intĂ©ressĂ© au couple Pompidou ( Claude et Georges Pompidou, l’amour au cƓur du pouvoir ), Pierre Hurel a choisi de Ilsait qu'elle sera, pour sa femme Claude et lui, une Ă©preuve, violente et calomnieuse. Alors, le futur prĂ©sident se souvient des moments d'insouciance et de voluptĂ© de leur jeunesse. Il a 17 Cedocumentaire raconte les quatre annĂ©es et demi du couple Pompidou Ă  l'ElysĂ©e, depuis la calomnie initiale jusqu'Ă  la mort du prĂ©sident, terrassĂ© par une leucĂ©mie. Claude et Georges Pompidou : l'amour au coeur du pouvoir a Ă©tĂ© diffusĂ© sur France 3 le Ledocumentaire Claude et Georges Pompidou : l'amour au cƓur du pouvoir, diffusĂ© sur Arte, relate l'histoire d'une rumeur qui a touchĂ© l'Etat jusqu'au sommet. En anniversairedu Centre national d'Art et de Culture – Georges Pompidou. Centre Georges-Pompidou - Paris, le mercredi 31 janvier 2007 Monsieur le Ministre, Madame, chĂšre Claude Pompidou, Monsieur le PrĂ©sident, cher Bruno Racine, Mesdames, Messieurs, VoilĂ  exactement trente ans, le Centre Georges-Pompidou ouvrait ses portes au public. Ce fut comme un coup FindGeorges And Claude Pompidou Voting stock photos and editorial news pictures from Getty Images. Select from premium Georges And Claude Pompidou Voting of the highest quality. JeanClaude's favorite articles All articles concerning Jean-Claude. Henri Cartier-Bresson -7 years ago-1 comment Expositions au Centre Georges Pompidou Ă  Paris du 12 fĂ©vrier 2014 au 9 juin 2014, de 11h00 Ă  23h00 « Photographier c’est mettre sur la mĂȘme ligne de mire la tĂȘte, l’oeil et le coeur » disait Henri Cartier-Bresson. De la fin des annĂ©es 1920 Ă  l’orĂ©e du 21e siĂšcle NĂ©le 29 novembre 1932 Ă  Paris, Jacques Chirac est lancĂ© en 1967 dans le grand bain du suffrage universel corrĂ©zien par Georges Pompidou, qui en fait un “jeune loup” et 00D8. MUSEE DES BEAUX-ARTS DE DOLE, CL. C-H BERNARDO SĂ©ries d'Ă©tĂ© L'affaire Gabrielle Russier, l'amour hors la loi PubliĂ© le 31 juillet 2020 Ă  18h00 - Mis Ă  jour le 02 aoĂ»t 2020 Ă  18h46 RĂ©servĂ© Ă  nos abonnĂ©s EnquĂȘte L’affaire Gabrielle Russier, l’amour hors la loi » 66. La France du tournant des annĂ©es 1960-1970 se dĂ©chire aprĂšs le suicide de cette enseignante condamnĂ©e pour avoir eu une relation amoureuse avec l’un de ses Ă©lĂšves. Dans l’une de ses farces tragiques, Ionesco raconte les tourments d’un couple aux prises avec le cadavre d’on ne sait qui. Ce corps encombre leur logement et grandit d’heure en heure. Comment s’en dĂ©barrasser ? Je songe Ă  l’étroit cercueil de Gabrielle Russier. Lui aussi s’est mis Ă  grandir de jour en jour, jusqu’à atteindre la place VendĂŽme et mĂȘme l’ElysĂ©e. Et il me semble – comment s’en dĂ©barrasser ? – que chacun cherche Ă  repasser Ă  un autre cet insupportable fardeau. » La tribune, signĂ©e de l’écrivain Gilbert Cesbron, est publiĂ©e dans Le Monde du 6 octobre 1969. Les mots d’un poĂšte communiste, chantre de la rĂ©sistance et de la libertĂ©, disent la compassion du prĂ©sident Pompidou Deux semaines plus tĂŽt, le 22 septembre, dans la salle des fĂȘtes de l’ElysĂ©e, oĂč se tenait la deuxiĂšme confĂ©rence de presse de Georges Pompidou, le journaliste de Radio Monte Carlo, Jean-Michel Royer, s’était levĂ© pour la derniĂšre question Monsieur le prĂ©sident, je voudrais vous faire sortir carrĂ©ment de l’épure et vous interroger sur un fait divers. A Marseille, une femme, un professeur, 32 ans, est condamnĂ©e pour dĂ©tournement de mineur. Elle se suicide. Vous-mĂȘme qu’avez-vous pensĂ© de ce fait divers qui pose, je crois, des problĂšmes de fond ? » Le silence qui suit dure dix longues secondes. Le prĂ©sident a un Ă©trange sourire, regarde Ă  droite, puis Ă  gauche. Appuie son menton sur ses deux mains. Semble hĂ©siter. Ouvre la bouche. Ne dit rien. Ecarte ses mains, les croise, les noue. Et rĂ©pond enfin – Je ne vous dirai pas tout ce que j’ai pensĂ© sur cette affaire
 Nouveau silence de cinq secondes. – Ni mĂȘme
 Ce que j’ai fait
 Passent encore cinq secondes. – Quant Ă  ce que j’ai ressenti
 Comme beaucoup
 Eh bien
 Passent sept secondes. – “Comprenne qui voudra, Moi mon remords ce fut, La victime raisonnable Au regard d’enfant perdue, Celle qui ressemble aux morts, Qui sont morts pour ĂȘtre aimĂ©s.” C’est de l’Eluard. Merci Mesdames et Messieurs. Moment d’anthologie politique. Georges Pompidou a tronquĂ© quelques vers du poĂšme Ă©crit en 1944 par le tĂ©moin impuissant de l’humiliation publique imposĂ©e Ă  celles dont on tondait les cheveux Ă  la LibĂ©ration pour les punir de leurs relations avec l’ennemi allemand. Les mots d’un poĂšte communiste, chantre de la rĂ©sistance et de la libertĂ©, disent la compassion que le prĂ©sident, Ă©lu par une majoritĂ© conservatrice encore tout imprĂ©gnĂ©e de l’effroi de Mai 68, ne peut lui-mĂȘme exprimer. Il vous reste de cet article Ă  lire. La suite est rĂ©servĂ©e aux abonnĂ©s. De Gaulle. Ce nom s’impose, en plus des rĂ©fĂ©rences mĂ©morielles Appel du 18 juin petite erreur rĂ©currente !, compte rond des anniversaires de naissance et de mort 1890-1970 et anniversaire de la bataille de France 1940 font de 2020 l’annĂ©e de Gaulle ». Premier hommage mĂ©diatique du prĂ©sident Macron au grand aĂźnĂ©, en mai dernier, et d’autres suivent. S’approprier l’hĂ©ritage du gĂ©nĂ©ral, ça ne peut pas faire de mal
 Si les discours sont suivis d’actions rĂšgle sans exception et l’une des particularitĂ©s de ses deux vies » politiques. De Gaulle reste notre dernier personnage historique. Il sort de scĂšne en 1969 et se retire pour achever ses MĂ©moires. Un an aprĂšs, la France est veuve » selon le mot de son successeur, le prĂ©sident Pompidou. L’Histoire en citations perd un auteur et acteur majeur du rĂ©cit national sur le podium, aprĂšs NapolĂ©on et devant Victor Hugo. La CinquiĂšme RĂ©publique aura d’autres hommes politiques avec des idĂ©es pour la France et beaucoup de politiciens faisant carriĂšre, mais plus de premier grand rĂŽle propre aux Ă©poques Ă©piques derniĂšre guerre mondiale, puis guerre civile d’AlgĂ©rie. Ce genre de pĂ©riodes, certes dures Ă  vivre pour les contemporains RĂ©volution, Empire, toutes les guerres, engendre des personnages hors norme. De Gaulle se rĂ©vĂšle tardivement, Ă  50 ans surdouĂ© du Verbe discours, Ă©crits et de l’Action. En 1940, il faut sauver la France en pĂ©ril. Mission plus que difficile, mais impossible n’est pas français » NapolĂ©on. En 1958, la guerre d’AlgĂ©rie est l’occasion d’un come-back historique plus rĂ©ussi que les Cent-Jours napolĂ©oniens !. De Gaulle incarne certes l’ancien monde » et ses valeurs. Ce n’est pas un homme moderne », il ne sacrifie jamais Ă  la mode de son temps et la chienlit » de Mai 68, mal comprise d’un prĂ©sident vieillissant, lui sera fatale l’annĂ©e suivante. MalgrĂ© tout, c’est le seul personnage de l’histoire qui peut nous servir aujourd’hui de rĂ©fĂ©rence par sa RĂ©sistance, son courage physique et moral, ses vues souvent prophĂ©tiques, ses ambitions nationales jamais personnelles, son honnĂȘtetĂ© absolue, sa rigueur extrĂȘme. Quant Ă  son humour prĂ©sidentiel toujours en situation, redĂ©couvrez-le !Nous dĂ©dions Ă  de Gaulle, successivement gĂ©nĂ©ral en guerre et prĂ©sident au pouvoir, une mini-sĂ©rie en deux Ă©ditos. La chronologie s’impose en bonne logique historique. Toutes les citations de cet Ă©dito sont Ă  retrouver dans nos Chroniques de l’Histoire en citations en 10 volumes, l’histoire de France de la Gaule Ă  nos jours vous est contĂ©e, en 3 500 citations numĂ©rotĂ©es, sourcĂ©es, contextualisĂ©e, signĂ©es par prĂšs de 1 200 auteurs. II. Le prĂ©sident au pouvoir. Prologue Le gĂ©nĂ©ral redevient l’éphĂ©mĂšre prĂ©sident du GPRF en sursis. On entendait abattre ce que l’on appelait l’esprit bourgeois, la puissance de l’argent, les grands seigneurs de l’économie », et pour cela on aurait besoin d’une Ă©conomie dirigĂ©e, reniant le libĂ©ralisme traditionnel, dĂ©sormais relĂ©guĂ© Ă  droite. »2847 Charte du Conseil national de la RĂ©sistance mars 1944. La Vie politique en France depuis 1940 1979, Jacques Chapsal, Alain Lancelot Le CNR Conseil national de la RĂ©sistance créé par Jean Moulin formulait dĂ©jĂ  les principales options et directions politiques de la QuatriĂšme RĂ©publique, notamment dans les domaines Ă©conomique nationalisation des grands moyens de production et des banques, planification et social SĂ©curitĂ© sociale, congĂ©s payĂ©s, conditions de travail. AprĂšs la LibĂ©ration, le CNR laisse la place au GPRF Gouvernement provisoire de la RĂ©publique française créé par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, le 23 octobre 1944. Le travail lĂ©gislatif continue et aujourd’hui encore, on se rĂ©fĂšre Ă  tout ce que nous lui devons ! C’est dĂ©jĂ  en homme d’État que le gĂ©nĂ©ral imaginait la France Ă  venir. On retrouve cette mĂȘme vision prophĂ©tique chez les RĂ©volutionnaires de 1789 en pleine guerre civile et Ă©trangĂšre, ou avec NapolĂ©on sous le Consulat et l’Empire, remarquable lĂ©gislateur Code civil, Concordat et autres institutions nationales. En 1944, les Français Ă©taient malheureux, maintenant ils sont mĂ©contents. C’est un progrĂšs. »2858 Charles de GAULLE 1890-1970, de nouveau chef du gouvernement provisoire depuis le 21 octobre 1945. De Gaulle, l’exil intĂ©rieur 2001, Jacques Baumel La France est libre, les nationalisations ont commencĂ©, la SĂ©curitĂ© sociale est créée par ordonnance, mais les conditions de vie des Français restent trĂšs dures pain rationnĂ© et cartes d’alimentation pour la plupart des produits, charbon rare et production dĂ©sorganisĂ©e. Je ne croyais pas pouvoir leur [les communistes] confier aucun des trois leviers qui commandent la politique Ă©trangĂšre, savoir la diplomatie qui l’exprime, l’armĂ©e qui la soutient, la police qui la couvre. »2860 Charles de GAULLE 1890-1970. De Gaulle, volume II 1990, Jean Lacouture De Gaulle a Ă©tĂ© portĂ© pour la seconde fois Ă  la prĂ©sidence du GPRF par l’unanimitĂ© des 565 dĂ©putĂ©s Ă©lus le 21 octobre communistes, MRP et socialistes sont les grands gagnants, radicaux et modĂ©rĂ©s, les perdants. Lors de la constitution de son gouvernement, de Gaulle ne donne aux communistes aucun des trois ministĂšres clĂ©s qu’ils rĂ©clament, mais il leur confie d’importants ministĂšres Ă©conomiques et sociaux – et la Fonction publique Ă  Maurice Thorez, toujours secrĂ©taire du PCF de 1930 Ă  1964. Rappelons que dans la RĂ©sistance, les communistes habituĂ©s Ă  la discipline ont Ă©tĂ© de remarquables organisateurs et combattants. C’est aprĂšs que les relations avec eux vont se rĂ©vĂ©ler impossibles ». Chacun, quelle que fĂ»t sa tendance, avait, au fond, le sentiment que le GĂ©nĂ©ral emportait avec lui quelque chose de primordial, de permanent, de nĂ©cessaire, qu’il incarnait de par l’Histoire, et que le rĂ©gime des partis ne pouvait pas reprĂ©senter. »2862 Charles de GAULLE 1890-1970, MĂ©moires de guerre, tome III, Le Salut, 1944-1946 1959 20 janvier 1946 le prĂ©sident du GPRF dĂ©missionne brutalement, aprĂšs trois mois au pouvoir. Le motif son dĂ©saccord avec le Parti communiste sur l’élaboration de la Constitution de la QuatriĂšme RĂ©publique. Plus fondamentalement, il incrimine dĂ©jĂ  le systĂšme des partis. Commentant son dĂ©part, il fait appel Ă  la raison pour prendre un souverain recul face Ă  l’évĂ©nement. Dans le tumulte des hommes et des Ă©vĂ©nements, la solitude Ă©tait ma tentation. Maintenant, elle est mon amie. De quelle autre se contenter, quand on a rencontrĂ© l’Histoire ? »2863 Charles de GAULLE 1890-1970, MĂ©moires de guerre, tome III, Le Salut, 1944-1946 1959 C’est le sentiment qui parle ». 20 janvier 1946. De Gaulle se retire de la scĂšne politique et sera absent de l’histoire pour une longue traversĂ©e du dĂ©sert et une relative solitude. En fait, ce n’est qu’un au revoir au pouvoir et une fausse sortie. QuatriĂšme RĂ©publique traversĂ©e du dĂ©sert de douze ans pour de Gaulle, privĂ© de tout pouvoir politique et paradoxalement trĂšs prĂ©sent. La France a gagnĂ© la bataille de la natalitĂ© en 1946, sans y gagner celle de la jeunesse et de la vie. »2849 Alfred SAUVY 1898-1990. L’Économie et la sociĂ©tĂ© française depuis 1945 1981, Maurice Parodi DĂšs 1945, de Gaulle, paternel et patriote, souhaite douze millions de beaux bĂ©bĂ©s ». VƓu trĂšs exactement exaucĂ©, fin 1958. C’est le fameux baby-boom. Le pays bĂ©nĂ©ficie de ce renouveau dĂ©mographique qui a sa pointe au dĂ©but des annĂ©es 1950. La montĂ©e des jeunes a des effets positifs sur l’économie, augmentant la demande de logements, Ă©quipements, alimentation, vĂȘtements, Ă©ducation, santĂ©, loisirs. Mais des blocages demeurent, dans la sociĂ©tĂ© inĂ©galitĂ©s et exclusion sociale dans une France vivant trop volontiers Ă  l’heure de son clocher. Le dĂ©bat sur la France moderne, amorcĂ© en 1953 et 1954, n’a pas eu de traduction parlementaire le rĂ©gime semble incapable d’assumer la nouveautĂ© dont il a facilitĂ© l’émergence » Jean-Pierre Rioux, La France de la QuatriĂšme RĂ©publique. Aujourd’hui, la France n’a plus qu’une seule ambition celle de son niveau de vie. »2851 Charles de GAULLE 1890-1970. Tout est bien 1989, Roger StĂ©phane Jusqu’à une date rĂ©cente, elle Ă©tait constamment tendue vers la rĂ©alisation d’ambitions nationales. Elle a eu l’ambition de son unitĂ©, l’ambition de ses frontiĂšres naturelles, puis l’ambition de conquĂ©rir l’Europe, la volontĂ© de se libĂ©rer de ses traitĂ©s de 1815 et aprĂšs 70, il y a eu l’idĂ©e, la grande idĂ©e de la revanche, depuis plus rien. » Il ne faut pourtant pas mĂ©priser la grande amĂ©lioration des conditions matĂ©rielles de vie le taux de croissance annuel moyen de 5 % dans les annĂ©es 1950-1960 Ă©tonne aujourd’hui encore. C’est Ă  mettre Ă  l’actif de la QuatriĂšme RĂ©publique, situant la France avant les USA et la Grande-Bretagne, mais derriĂšre l’Allemagne et le Japon, pays des miracles Ă©conomiques succĂ©dant Ă  leur dĂ©faite. Les nĂ©ophytes de la rĂ©volution [
] ont exigĂ© des nationalisations immĂ©diates. Les nouveaux dieux ont soif. »2861 Joseph LANIEL 1889-1975, AssemblĂ©e nationale constituante, 2 dĂ©cembre 1945. Annales, DĂ©bats 1946, AssemblĂ©e nationale Les nationalisations font toujours dĂ©bat en politique, quand la gauche se retrouve au pouvoir, ce qui est le cas en 1945. DĂ©putĂ© du centre-droit, Laniel s’oppose Ă  cette politique Personne ne sait oĂč elle conduit. » À l’ordre du jour, la nationalisation du crĂ©dit, mais bien d’autres secteurs sont concernĂ©s charbonnages, Ă©lectricitĂ© et gaz, usine Renault et aĂ©ronautique, transports maritimes et aĂ©riens, vague des nationalisations en 1945-1946, comme hier en 1936 et demain en 1981-1982, revĂȘt une importance mythique autant que pratique. Pour de Gaulle, la raison principale de cette grande rĂ©forme de structure est de mettre un instrument dĂ©cisif entre les mains de la Nation ». Il y a aussi une volontĂ© de revanche sur les puissances d’argent. De Gaulle ne manquera pas de rappeler au patronat dĂ©sorganisĂ© son absence Ă  Londres et dans la RĂ©sistance. Dans cette conjoncture Ă©conomique et politique, la droite minoritaire et pas trĂšs fiĂšre ne peut pas vraiment s’opposer aux nationalisations voulues par de Gaulle et la gauche. Un tiers des Français s’étaient rĂ©signĂ©s [Ă  la Constitution], un tiers l’avaient repoussĂ©e, un tiers l’avaient ignorĂ©e. »2864 Charles de GAULLE 1890-1970. Vie politique sous la CinquiĂšme RĂ©publique 1981, Jacques Chapsal Il juge avec ironie la Constitution de 1946. Premier projet, rejetĂ© par rĂ©fĂ©rendum du 5 mai, second projet acceptĂ© par rĂ©fĂ©rendum du 13 octobre 1946. En fait, la LibĂ©ration a ratĂ© sa Constitution compliquĂ©e, instituant des organes nouveaux Ă  qui elle ne donne pas leurs chances, et ne supprimant aucune des institutions du prĂ©cĂ©dent rĂ©gime, elle permet certes Ă  la France de reprendre une vie parlementaire normale, mais elle prolonge la TroisiĂšme RĂ©publique avec tous ses dĂ©fauts, alors qu’il lui faut affronter des problĂšmes nouveaux. L’AssemblĂ©e nationale, Ă©lue le 10 novembre, donne au PC la place du premier parti de France plus de 28 % des suffrages exprimĂ©s. Viennent ensuite le MRP 26 %, le Parti Socialiste SFIO en perte de vitesse, moins de 18 %, modĂ©rĂ©s et radicaux regroupant 25 % des suffrages
 et l’Union gaulliste, moins de 3 %. Le choix est simple modernisation ou dĂ©cadence. »2865 Jean MONNET 1888-1980, MĂ©moires 1976 Il reste l’un des PĂšres de l’Europe et le promoteur du premier plan français, dit de modernisation et d’équipement, lancĂ© le 27 novembre 1946. AprĂšs la guerre, les prioritĂ©s Ă©conomiques s’imposent reconstruire le pays, moderniser l’outil de production. Le plan est la solution rationnelle – de Gaulle, revenu au pouvoir sous la CinquiĂšme, dira que les objectifs Ă  dĂ©terminer par le Plan revĂȘtent pour tous les Français un caractĂšre d’ardente obligation ». La planification Ă  la française n’est pas dirigiste, se voulant surtout incitative, aprĂšs concertation. PrĂšs d’un millier d’acteurs Ă©conomiques sont consultĂ©s pendant un an patrons, syndicalistes, fonctionnaires, de sorte que le plan est bien acceptĂ©, en 1947. Il bĂ©nĂ©ficie Ă©galement du plan Marshall, initiative amĂ©ricaine, au niveau europĂ©en. Le jour va venir oĂč, rejetant les jeux stĂ©riles et rĂ©formant le cadre mal bĂąti oĂč s’égare la nation et se disqualifie l’État, la masse immense des Français se rassemblera sur la France. »2867 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours de Bruneval, 30 mars 1947. Discours et messages dans l’attente, fĂ©vrier 1946-avril 1958 1970, Charles de Gaulle À l’occasion d’une cĂ©rĂ©monie commĂ©morative de la RĂ©sistance, devant une foule de 50 000 personnes et des officiels du rĂ©gime, la grande voix s’élĂšve Ă  nouveau. Ramadier, premier prĂ©sident du Conseil de la QuatriĂšme RĂ©publique, s’empresse de dĂ©clarer Il n’y a point de sauveur suprĂȘme, ni CĂ©sar ni tribun. » Le RPF, c’est le mĂ©tro Ă  6 heures du soir. »2868 AndrĂ© MALRAUX 1901-1976, dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la propagande du RPF. Malraux une vie dans le siĂšcle, 1901-1976 1976, Jean Lacouture Le Rassemblement du peuple français est créé officiellement le 14 avril 1947 par de Gaulle. Le gĂ©nĂ©ral ne veut plus attendre et risquer qu’on l’oublie, cependant que le contexte international fait craindre une troisiĂšme guerre mondiale ! Il va donc rassembler autour de son nom des hommes d’origine sociale et de tendance politique trĂšs diverses Anciens des rĂ©seaux et de Londres, [
] vaste clientĂšle Ă  ponctionner sur le MRP, le centre et la droite [
] des ouvriers et des petites gens déçus [
] en passant par les hĂ©ros et les fidĂšles, les compagnons » seront lĂ©gion », affirme Malraux. Le RPF triomphe aux prochaines Ă©lections municipales d’octobre 1947. L’avenir sera dĂ©cevant. Les États-Unis d’Europe se feront dans la douleur, et les États-Unis du monde ne sont pas encore lĂ . »2874 AndrĂ© MALRAUX 1901-1976, Appel aux intellectuels, 5 mars 1948 Ă  la salle Pleyel. AndrĂ© Malraux 1952, Pierre de Boisdeffre Les rĂȘves du XIXe siĂšcle, ceux de Michelet, Hugo, JaurĂšs et autres apĂŽtres des États-Unis du monde », sont rĂ©volus selon Malraux Pour le meilleur comme pour le pire, nous sommes liĂ©s Ă  la patrie. » Il dĂ©fend la notion d’hĂ©ritage culturel, au nom de quoi la France doit retrouver son rĂŽle en Europe. C’est aussi de Gaulle qui parle par sa voix. Mais l’appel n’est pas entendu. Autre tentative vaine le Rassemblement du peuple français RPF créé l’an dernier par de Gaulle. Sous la houlette de Malraux, il rassemble des hommes d’origine sociale et de tendance politique trĂšs diverses. Mais l’heure du retour n’est pas encore venue pour le gĂ©nĂ©ral. Malraux, inaccessible Ă  la tentation des honneurs politiques, seul des Ă©crivains de grand renom Ă  s’associer aussi Ă©troitement au gaullisme, reste le plus fidĂšle des compagnons, durant la traversĂ©e du dĂ©sert ». La politique, ce n’est pas de rĂ©soudre les problĂšmes, mais de faire taire ceux qui les posent. »2875 Henri QUEUILLE 1884-1970, nouveau prĂ©sident du Conseil, septembre 1948. Évaluation et dĂ©mocratie participative 2004, Jean-Claude Boval La formule lui est prĂȘtĂ©e, reflĂ©tant une tendance trĂšs QuatriĂšme RĂ©publique que de Gaulle doit dĂ©tester ! Venu de la TroisiĂšme, ministre prĂšs de vingt fois avant 1940, Queuille a pour mĂ©thode de contourner les difficultĂ©s. C’est le docteur tant mieux, le prĂ©sident pas de problĂšme », selon Jacques Fauvet, journaliste du Monde. C’est de l’immobilisme », dit Pleven qui, devenu prĂ©sident du Conseil, agira de mĂȘme. Le premier cabinet Queuille 11 septembre 1948-5 octobre 1949 doit faire face Ă  des grĂšves trĂšs dures et procĂ©der Ă  une dĂ©valuation du franc. AprĂšs avoir tenu treize mois, presque un record, il tombe, sa majoritĂ© Ă©tant trop composite. Il reviendra deux fois On prend les mĂȘmes et on recommence. » Le rĂ©gime des partis voit s’affronter ceux de gauche communistes, socialistes SFIO contre ceux de droite indĂ©pendants et modĂ©rĂ©s inorganisĂ©s, RPF gaulliste, et les centristes MRP, radicaux, UDSR issue de la RĂ©sistance qui tentent toujours de former une TroisiĂšme Force avec divers ralliĂ©s, lesquels monnaient leur concours plus ou moins provisoire. Cependant que de Gaulle s’exaspĂšre Le rĂ©gime des partis, c’est la pagaille. » La pagaille et/ou l’impuissance. Cela va durer encore dix ans. Jamais la marge n’a Ă©tĂ© aussi Ă©troite entre l’abandon et le salut. Jamais l’abĂźme n’a cĂŽtoyĂ© de plus prĂšs le chemin du redressement. »2880 Antoine PINAY 1891-1994, Discours d’investiture, AssemblĂ©e Nationale, 6 mars 1952. Histoire de la IVe RĂ©publique la RĂ©publique des contradictions, 1951-1954 1968, Georgette Elgey Langage gaullien, sinon gaulliste ! De Gaulle en fera son ministre des Finances en 1958. Pinay obtient l’investiture de justesse 324 voix contre 206 et 89 abstentions c’est le retour aux responsabilitĂ©s politiques de la droite, Ă©cartĂ©e du pouvoir depuis la LibĂ©ration. Mais le nouveau prĂ©sident du Conseil refuse toute Ă©tiquette, prend le portefeuille des Finances dont personne ne voulait et prĂ©sente son programme de redressement Ă©conomique et financier maĂźtrise de l’inflation et dĂ©fense du franc, Ă©chelle mobile des salaires qui rassure les syndicats, avec rĂ©duction des dĂ©penses de l’État et emprunt du Pinay. Pari rĂ©ussi – aidĂ© il est vrai par une baisse mondiale des prix. Sans moi, que seriez-vous ?— Sans vous, je serais ministre. »2882 Edmond BARRACHIN 1900-1975, dĂ©putĂ© RPF, au gĂ©nĂ©ral de Gaulle 1890-1970, juillet 1952. Recueil des textes authentiques des programmes et engagements Ă©lectoraux des dĂ©putĂ©s proclamĂ©s Ă©lus Ă  la suite des Ă©lections gĂ©nĂ©rales 1956, Assemble nationale, SecrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral Le parti du gĂ©nĂ©ral fait long feu. Le Rassemblement se disperse. De Gaulle reproche Ă  ses troupes de pactiser avec l’ennemi, en l’occurrence le systĂšme de la QuatriĂšme RĂ©publique, notamment sous le gouvernement Pinay. L’état-major durcit sa position, les dissidences se multiplient. On peut camper sur une position en attendant la soupe, mais on ne peut remporter la victoire sans combattre. Ceux qui ne voulaient pas combattre sont allĂ©s Ă  la soupe. »2883 Charles de GAULLE 1890-1970, DĂ©claration d’octobre 1952. La Vie politique en France de 1940 Ă  1958 1984, Jacques Chapsal Le gĂ©nĂ©ral fustige en termes militaires l’intĂ©gration progressive des dĂ©putĂ©s RPF au systĂšme. Le 6 mai 1953, aprĂšs un grave Ă©chec aux municipales, de Gaulle dresse un bilan dĂ©sabusĂ© de son action et signe la fin du Rassemblement agissant en son nom Au Parlement, il [le RPF] ne saurait non plus prendre part, en corps et Ăšs qualitĂ©s, Ă  la sĂ©rie des combinaisons, marchandages, vote de confiance, investitures, qui sont les jeux, les poisons et les dĂ©lices du systĂšme. » Gouverner, c’est choisir. »2885 Pierre MENDÈS FRANCE 1907-1982, Discours Ă  l’Assemble nationale, 3 juin 1953. Gouverner, c’est choisir 1958, Pierre MendĂšs France La cause fondamentale des maux qui accablent le pays, c’est la multiplicitĂ© et le poids des tĂąches qu’il entend assumer Ă  la fois reconstruction, modernisation et Ă©quipement, dĂ©veloppement des pays d’outre-mer, amĂ©lioration du niveau de vie et rĂ©formes sociales, exportations, guerre en Indochine, grande et puissante armĂ©e en Europe, etc. Or, l’évĂ©nement a confirmĂ© ce que la rĂ©flexion permettait de prĂ©voir on ne peut pas tout faire Ă  la fois. Gouverner, c’est choisir, si difficiles que soient les choix. » Cette formule gaullienne, sinon gaulliste, empruntĂ©e involontairement ? au duc Gaston de LĂ©vis Maximes politiques, 1808, accompagne dĂ©sormais l’homme politique qui sera bientĂŽt au pouvoir. Quelques jours plus tĂŽt, dans le premier numĂ©ro de L’Express 16 mai 1953, MendĂšs France Ă©crit À prĂ©tendre tout faire, nous n’avons rĂ©ussi qu’à dĂ©tĂ©riorer notre monnaie, sans satisfaire aucun de nos objectifs [
] Ce n’est pas sur des confĂ©rences diplomatiques, mais sur la vigueur Ă©conomique que l’on fait une grande nation. » Quelques mois plus tard, devant la dĂ©route française dans la guerre d’Indochine, il ajoutera Nous sommes en 1788 », cependant que Paul Reynaud voit en la France l’homme malade de l’Europe ». En ce jour anniversaire qui est aussi celui oĂč j’assume de si lourdes responsabilitĂ©s, je revis les hautes leçons de patriotisme et de dĂ©vouement au bien public que votre confiance m’a permis de recevoir de vous. »2891 Pierre MENDÈS FRANCE 1907-1982, TĂ©lĂ©gramme au gĂ©nĂ©ral de Gaulle, 18 juin 1954. MendĂšs France au pouvoir 1965, Pierre Rouanet Son premier jour au pouvoir coĂŻncide avec celui de l’Appel, il y a quatorze ans. MendĂšs France avoue alors avoir trois grands hommes comme modĂšle PoincarĂ©, Blum et de Gaulle. Le troisiĂšme homme est sceptique sur les chances du nouveau chef du gouvernement Vous verrez, ils ne vous laisseront pas aller jusqu’au bout », lui dira-t-il le 13 octobre. Sept mois et dix-sept jours le titre donnĂ© par MendĂšs France au recueil de ses discours dit trĂšs exactement la durĂ©e de son ministĂšre, renversĂ© le 5 fĂ©vrier 1955. Les hommes passent, les nĂ©cessitĂ©s nationales demeurent. »2896 Pierre MENDÈS FRANCE 1907-1982, AssemblĂ©e Nationale, nuit du 4 au 5 fĂ©vrier 1955. Pierre MendĂšs France 1981, Jean Lacouture L’AssemblĂ©e vient de lui refuser la confiance 319 voix contre 273 par peur d’une politique d’ aventure » en Afrique du Nord. On l’accuse, dans son discours de Carthage, d’avoir encouragĂ© la rĂ©bellion des Tunisiens et des fellagas d’AlgĂ©rie, alors qu’il est partisan dĂ©clarĂ© de l’AlgĂ©rie française dont il a renforcĂ© la dĂ©fense. Contrairement aux usages et sous les protestations, il remonte Ă  la tribune pour justifier son action. MendĂšs France est restĂ© populaire dans le pays, mais de nombreux parlementaires dĂ©plorent ses positions cassantes, aux antipodes des compromis et compromissions de la QuatriĂšme RĂ©publique. Le syndicat » des anciens prĂ©sidents du Conseil et anciens ministres lui reproche de ne pas jouer le jeu politicien et de semer le trouble dans l’hĂ©micycle et ses coulisses. De Gaulle l’avait prĂ©dit Ils ne vous laisseront pas faire ! » Et MendĂšs France, pour la derniĂšre fois Ă  la tribune, dĂ©fie les dĂ©putĂ©s Ce qui a Ă©tĂ© fait pendant ces sept ou huit mois, ce qui a Ă©tĂ© mis en marche dans ce pays ne s’arrĂȘtera pas
 » Ils n’osent Ă©crire qu’une police qui torture, si blĂąmable qu’elle soit, c’est une police qui fait son mĂ©tier, une police sur laquelle on peut compter. »2909 François MAURIAC 1885-1970, Bloc-notes, I, 1952-1957 Ils ne l’écrivent pas noir sur blanc, mais cela court entre les lignes
 » En 1952, Mauriac, Ă©crivain catholique, reçoit le prix Nobel de littĂ©rature pour la profonde imprĂ©gnation spirituelle et l’intensitĂ© artistique avec laquelle ses romans ont pĂ©nĂ©trĂ© le drame de la vie humaine ». Il n’a pas pris position dans la guerre d’Indochine, mais il s’engage dĂ©sormais en faveur de l’indĂ©pendance du Maroc, puis de l’AlgĂ©rie, et condamne l’usage de la torture par l’armĂ©e française. Dans une mĂ©ditation douloureuse et brĂ»lante intitulĂ©e Imitation des bourreaux de JĂ©sus-Christ, il dĂ©nonce l’État tortionnaire, et non plus seulement l’État policier, lors de l’allocution de clĂŽture de la Semaine des intellectuels catholiques, Ă  Florence, en novembre 1954. Il s’investit de plus en plus dans le drame algĂ©rien, qu’il commentera jusqu’en 1958. Il est alors convaincu que seul de Gaulle peut dĂ©nouer la situation. Le cadavre bafouille. »2918 Hubert Beuve-MÉRY 1902-1989 citant Maurice BarrĂšs 1862-1923. Le Suicide de la QuatriĂšme RĂ©publique 1958, Hubert Beuve-MĂ©ry La France vit Ă  l’heure algĂ©rienne. Le pouvoir, donc le rĂ©gime, est dans une situation sans issue aucune majoritĂ© stable possible, ni Ă  gauche, ni au centre, ni Ă  droite, face au drame national. La guerre divise les Français et les consciences – mĂȘme si on la nomme lutte contre la rĂ©bellion ». À Paris, on parle de bons offices » anglo-amĂ©ricains en vue de la paix. FĂ©lix Gaillard tombe, Pflimlin arrive, Alger craint d’ĂȘtre lĂąchĂ©e. L’armĂ©e française, d’une façon unanime, sentirait comme un outrage l’abandon de ce patrimoine national [l’AlgĂ©rie]. On ne saurait prĂ©juger sa rĂ©action de dĂ©sespoir. »2919 GĂ©nĂ©ral SALAN 1899-1984, commandant supĂ©rieur en AlgĂ©rie, TĂ©lĂ©gramme au gĂ©nĂ©ral Ély, chef d’état-major gĂ©nĂ©ral, 9 mai 1958. Le SiĂšcle dernier 1918-2002 2003, RenĂ© RĂ©mond L’armĂ©e en AlgĂ©rie est troublĂ©e par le sentiment de sa responsabilitĂ© Ă  l’égard des hommes qui combattent [
] Ă  l’égard de la population française de l’intĂ©rieur qui se sent abandonnĂ©e. [
] Je vous demande de vouloir bien appeler l’attention du prĂ©sident de la RĂ©publique sur notre angoisse, que seul un gouvernement fermement dĂ©cidĂ© Ă  maintenir notre drapeau en AlgĂ©rie peut effacer. » L’ArmĂ©e au pouvoir ! Tous au GG ! »2920 Cris de la foule, Alger, manifestation du 13 mai 1958. L’Appel au pĂšre de Clemenceau Ă  de Gaulle 1992, Jean-Pierre Guichard Le GG, c’est le palais du gouverneur gĂ©nĂ©ral, devenu, depuis 1956, celui du ministre rĂ©sident. Il est le symbole du pouvoir et, en tant que tel, pris d’assaut, pillĂ©. Un ComitĂ© de salut public se constitue, mĂȘlant Français et musulmans, civils et militaires, en une coalition trĂšs hĂ©tĂ©roclite, prĂ©sidĂ©e par le gĂ©nĂ©ral Massu c’est le putsch d’Alger, ou coup d’État du 13 mai. Deux pouvoirs s’instaurent le pouvoir lĂ©gal Ă  Paris et le pouvoir militaire Ă  Alger. Un troisiĂšme, le pouvoir moral, celui du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, est encore Ă  Colombey. »2921 Jacques FAUVET 1914-2002, La QuatriĂšme RĂ©publique 1959 De Gaulle, retirĂ© de la scĂšne politique aprĂšs la guerre, trĂšs hostile au rĂ©gime des partis de la QuatriĂšme, se tient en rĂ©serve de la RĂ©publique et sent son heure enfin revenue oui, la France a besoin de lui ! On imagine comme ce grand communicateur a dĂ» peser chaque mot de son premier communiquĂ© Ă  la presse. Chronique 1958-1969 1. Come-back du sauveur de la nation le contexte de guerre civile impose en dernier recours le retour du GĂ©nĂ©ral, Ă  la fin de la QuatriĂšme RĂ©publique. NaguĂšre, le pays, dans ses profondeurs, m’a fait confiance pour le conduire tout entier jusqu’à son salut. Aujourd’hui, devant les Ă©preuves qui montent de nouveau vers lui, qu’il sache que je me tiens prĂȘt Ă  assumer les pouvoirs de la RĂ©publique. »2922 Charles de GAULLE 1890-1970, CommuniquĂ© remis Ă  la presse le 15 mai 1958. 1958, le retour de De Gaulle 1998, RenĂ© RĂ©mond Le 15 mai, Salan crie Vive de Gaulle ! » au Forum d’Alger. Cependant que le gĂ©nĂ©ral se prĂ©sente comme sauveur de la Nation, aprĂšs avoir fait un sombre et juste diagnostic de la situation La dĂ©gradation de l’État entraĂźne infailliblement l’éloignement des peuples associĂ©s, les troubles de l’armĂ©e au combat, la dislocation nationale, la perte de l’indĂ©pendance. Depuis douze ans, la France, aux prises avec des problĂšmes trop rudes pour le rĂ©gime des partis, est engagĂ©e dans ce processus dĂ©sastreux. » Il pourrait ajouter Je vous l’avais bien dit. » Pourquoi voulez-vous qu’à soixante-sept ans je commence une carriĂšre de dictateur ? »2923 Charles de GAULLE 1890-1970, confĂ©rence de presse, 19 mai 1958. 1958, le retour de De Gaulle 1998, RenĂ© RĂ©mond Le gĂ©nĂ©ral tient Ă  tranquilliser une opinion Ă©mue par sa dĂ©claration du 15 mai. Et de conclure J’ai dit ce que j’avais Ă  dire. À prĂ©sent, je vais rentrer dans mon village et m’y tiendrai Ă  la disposition du pays. » Le pays, divisĂ©, bouleversĂ©, est par ailleurs sensible Ă  toutes les rumeurs vraies fake-news. Il ne faut pas beaucoup de mitraillettes pour disperser cent mille citoyens armĂ©s de grands principes. »2924 François MAURIAC 1885-1970, L’Express, 12 juin 1958, Bloc-notes, 1958-1960, II 1961 Au cours des journĂ©es de mai 1958, l’idĂ©e s’est rĂ©pandue d’un dĂ©nouement possible de la crise par l’établissement d’une dictature militaire en France. Des parachutistes venus d’AlgĂ©rie pourraient dĂ©barquer, faire jonction avec les rĂ©seaux favorables Ă  l’AlgĂ©rie française en mĂ©tropole, les putschistes bĂ©nĂ©ficiant mĂȘme de complicitĂ©s dans l’appareil de l’État. Le 28 mai, Ă  Paris, une foule immense et pacifique va dĂ©filer de la Nation Ă  la RĂ©publique, conspuant les paras et criant Le fascisme ne passera pas ! » Mauriac qui en rend compte dĂ©nonce le danger fasciste dans L’Express, au fil de sa fameuse chronique hebdomadaire. Cette menace a prĂ©cipitĂ© la solution de Gaulle, recours Ă  l’ultime sauveur. Pour Mauriac, c’est l’homme du destin, l’homme de la grĂące, le garant de l’unitĂ© du pays. DĂšs lors, sa vision de la politique se confond avec celle du gaullisme. Ses prises de position passionnĂ©es le conduisent Ă  quitter L’Express pour Le Figaro littĂ©raire, trop heureux d’accueillir dĂ©sormais son Bloc-notes, publiĂ© plus tard en quatre recueils. Dans le pĂ©ril de la patrie et de la RĂ©publique, je me suis tournĂ© vers le plus illustre des Français. »2925 RenĂ© COTY 1882-1962, Message du prĂ©sident de la RĂ©publique au Parlement, 29 mai 1958. Histoire mondiale de l’aprĂšs-guerre, volume II 1974, Raymond Cartier Face Ă  la menace de guerre civile, le prĂ©sident de la RĂ©publique fait savoir aux parlementaires qu’il a demandĂ© au gĂ©nĂ©ral de Gaulle de former un gouvernement. Chahuts et chants de la part des dĂ©putĂ©s, qui entonnent La Marseillaise – procĂ©dĂ© contraire Ă  tous les usages, et mĂȘme Ă  la lettre de la Constitution. Le plus illustre des Français [
] celui qui, aux annĂ©es les plus sombres de notre histoire, fut notre chef pour la reconquĂȘte de la libertĂ© et qui, ayant rĂ©alisĂ© autour de lui l’unanimitĂ© nationale, refusa la dictature pour rĂ©tablir la RĂ©publique. »2971 RenĂ© COTY 1882-1962, Message du prĂ©sident de la RĂ©publique au Parlement, 29 mai 1958. Histoire l’Europe et le monde depuis 1945 2006, L. Bernlochner, P. Geiss, G. Le Quintrec Ainsi dĂ©finit-il le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, personnage historique. Il fait appel Ă  lui au plus fort de la crise algĂ©rienne, alors que plane une menace de guerre civile en France, dĂ©chirĂ©e par la question algĂ©rienne. Le gĂ©nĂ©ral de Gaulle apparaĂźt comme le moindre mal, la moins mauvaise chance. »2926 Hubert BEUVE-MÉRY alias SIRIUS 1902-1989, L’amĂšre vĂ©ritĂ© », Le Monde, 29 mai 1958 Et Pierre Brisson dans Le Figaro du 30 mai Chacun sait maintenant oĂč situer le dernier recours de nos libertĂ©s. » Les deux directeurs de conscience de la presse bourgeoise » ne prennent la plume, chacun dans son journal, que dans les grandes occasions. Depuis quelques jours, ils ne cessent pas et se montrent de plus en plus pour ou de moins en moins contre de Gaulle. L’opposition viendra plus tard. Elle est dĂ©jĂ  prĂȘte Ă  tirer, avec Mitterrand. Ses compagnons d’aujourd’hui, qu’il n’a sans doute pas choisis mais qui l’ont suivi jusqu’ici, se nomment le coup de force et la sĂ©dition. »2927 François MITTERRAND 1916-1996, AssemblĂ©e nationale, 1er juin 1958. Cent mille voix par jour pour Mitterrand 1966, Claude Manceron AprĂšs une mise Ă  l’écart de douze ans, le plus cĂ©lĂšbre des Français revient sur le devant de la scĂšne politique. La majeure partie du personnel politique se rallie Ă  la solution gaulliste, mais Mitterrand s’oppose Ă  ce coup de force ». Il ose l’affrontement, prononçant Ă  l’AssemblĂ©e nationale ce terrible rĂ©quisitoire Lorsque, le 10 septembre 1944, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle s’est prĂ©sentĂ© devant l’AssemblĂ©e consultative issue des combats de l’extĂ©rieur ou de la RĂ©sistance, il avait auprĂšs de lui deux compagnons qui s’appelaient l’honneur et la patrie. Ses compagnons d’aujourd’hui, qu’il n’a sans doute pas choisis mais qui l’ont suivi jusqu’ici, se nomment le coup de force et la sĂ©dition. La prĂ©sence du gĂ©nĂ©ral de Gaulle signifie, mĂȘme malgrĂ© lui, que dĂ©sormais les minoritĂ©s violentes pourront impunĂ©ment et victorieusement partir Ă  l’assaut de la dĂ©mocratie. » Propos contredit par AndrĂ© Siegfried dans la prĂ©face Ă  L’AnnĂ©e politique 1958 Il [de Gaulle] avait accĂ©dĂ© au pouvoir dans le cadre des institutions rĂ©guliĂšres existantes, mĂȘme si son intention non dissimulĂ©e Ă©tait de les changer. » Il y a cependant contradiction ou du moins ambiguĂŻtĂ© fondamentale le gĂ©nĂ©ral de Gaulle arrive Ă  l’investiture lĂ©gale par l’action illĂ©gale de militaires et comploteurs qu’il n’a sans doute pas inspirĂ©s, mais pas non plus politiquement dĂ©savouĂ©s. Tout le plaisir et l’honneur que j’ai de me trouver parmi vous
 »2928 Charles de GAULLE 1890-1970, premiers mots de sa dĂ©claration, AssemblĂ©e nationale, sĂ©ance de nuit du 1er au 2 juin 1958. Le Crapouillot 1967 Dans son discours d’investiture du 1er juin, prĂ©sident du Conseil dĂ©signĂ© » par le PrĂ©sident Coty, il a dĂ©noncĂ© la cause profonde de nos Ă©preuves [
] la confusion et, par lĂ  mĂȘme, l’impuissance des pouvoirs » et s’est proposĂ© pour tenter de conduire une fois de plus le salut du pays, l’État, la RĂ©publique », en rĂ©clamant les pleins pouvoirs. Il est sorti de l’hĂ©micycle. L’investiture est votĂ©e par 329 voix contre 224 communistes, radicaux amis de Mitterrand et de MendĂšs France. Il a obtenu ce qu’il voulait les pleins pouvoirs en mĂ©tropole et des pouvoirs spĂ©ciaux en AlgĂ©rie, la modification de l’article 90 de la Constitution, pour lui permettre d’en prĂ©parer une nouvelle. Dans la nuit du 1er au 2, il revient entourĂ© de ses ministres et les prĂ©sente aux parlementaires, leur faisant ainsi une faveur inhabituelle, d’autant plus Ă©tonnante qu’il n’a cessĂ© de vilipender le rĂ©gime et son personnel ». Mais l’humour donne un autre sens Ă  sa dĂ©claration. Vous verrez, aprĂšs la musique de chambre, ce sera la musique militaire. »2929 Georges BIDAULT 1899-1983, dans les couloirs du Parlement, aprĂšs la sĂ©ance de nuit du 1er au 2 juin 1958. Vie politique sous la CinquiĂšme RĂ©publique 1981, Jacques Chapsal Humour pour humour, c’est de bonne guerre. Et les communistes rĂ©sument AprĂšs l’opĂ©ration sĂ©dition, c’est l’opĂ©ration sĂ©duction. » Je vous ai compris ! »2930 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours au balcon du gouvernement gĂ©nĂ©ral Ă  Alger, 4 juin 1958. MĂ©moires d’espoir, tome I, Le Renouveau, 1958-1962 1970, Charles de Gaulle Que n’a-t-on dit sur ces quatre mots ! Dans ses MĂ©moires, le GĂ©nĂ©ral explique Mots apparemment spontanĂ©s dans la forme, mais au fond bien calculĂ©s, dont je veux qu’elle [la foule] s’enthousiasme, sans qu’ils m’emportent plus loin que je n’ai rĂ©solu d’aller. » Et il poursuit, face Ă  la foule Je vois que la route que vous avez ouverte en AlgĂ©rie, c’est celle de la rĂ©novation et de la fraternitĂ© [
] Jamais plus qu’ici et jamais plus que ce soir, je n’ai compris combien c’est beau, combien c’est grand, combien c’est gĂ©nĂ©reux, la France. » Au journaliste du Monde, AndrĂ© Passeron, le 6 mai 1966, il confiera J’ai toujours su et dĂ©cidĂ© qu’il faudrait donner Ă  l’AlgĂ©rie son indĂ©pendance. Mais imaginez, qu’en 1958, quand je suis revenu au pouvoir, je disais sur le Forum d’Alger qu’il fallait que les AlgĂ©riens prennent eux-mĂȘmes leur gouvernement, il n’y aurait plus eu de De Gaulle immĂ©diatement ! » On reconnaĂźt le pragmatisme propre Ă  tout homme politique. Il n’y a plus ici, je le proclame en son nom [la France] et je vous en donne ma parole, que des Français Ă  part entiĂšre, des compatriotes, des concitoyens, des frĂšres qui marcheront dĂ©sormais dans la vie en se tenant la main [
] Vive l’AlgĂ©rie française. »2931 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours de Mostaganem, 6 juin 1958. De Gaulle, 1958-1969 1972, AndrĂ© Passeron À Mostaganem, il confirme le fameux discours d’Alger. De Gaulle fera cinq fois le voyage Paris-AlgĂ©rie, en 1958. Il joue de son charisme qui est immense. Il veut montrer qu’il prend l’affaire algĂ©rienne en main, qu’il y a un pouvoir et qu’il l’incarne. Bref, que c’en est fini des mƓurs de la QuatriĂšme RĂ©publique. 2. La Constitution de la CinquiĂšme sera l’arme absolue » du pouvoir prĂ©sidentiel avec l’appui du peuple, mesurĂ© par rĂ©fĂ©rendums plus que sondages d’opinion. Un des caractĂšres essentiels de la Constitution de la Ve RĂ©publique, c’est qu’elle donne une tĂȘte Ă  l’État. »2932 Charles de GAULLE 1890-1970, ConfĂ©rence de presse, 20 septembre 1962. Les Grands Textes de la pratique institutionnelle de la Ve RĂ©publique 1992, Documentation française C’est cette autoritĂ© qui a tant manquĂ© Ă  la prĂ©cĂ©dente RĂ©publique et qui est indispensable pour rĂ©gler les trois affaires qui dominent notre situation l’AlgĂ©rie, l’équilibre financier et Ă©conomique, la rĂ©forme de l’État », dira de Gaulle Ă  la radio, peu de temps aprĂšs son arrivĂ©e au pouvoir en 1958. Ajoutons qu’il y aura quasi-identification entre cette RĂ©publique et cette tĂȘte, aussi longtemps que de Gaulle en sera le prĂ©sident. Qu’est-ce que la Ve RĂ©publique, sinon la possession du pouvoir par un seul homme dont la moindre dĂ©faillance est guettĂ©e avec une Ă©gale attention par ses adversaires et par le clan de ses amis ? »2933 François MITTERRAND 1916-1996, Le Coup d’État permanent 1964 Des phrases comme celle-ci s’appliquent Ă  toute la pĂ©riode gaulliste
 et Ă  Mitterrand devenu Ă  son tour prĂ©sident. Mais il s’agit avant tout, Ă  l’époque, d’un pamphlet antigaulliste J’appelle le rĂ©gime gaulliste dictature parce que, tout compte fait, c’est Ă  cela qu’il ressemble le plus. » Mitterrand, plusieurs fois ministre sous la QuatriĂšme, va payer son opposition irrĂ©ductible au gĂ©nĂ©ral. Il perd son siĂšge de dĂ©putĂ© Ă©lu de la NiĂšvre, pendant quatre ans. Notre Constitution est Ă  la fois parlementaire et prĂ©sidentielle, Ă  la mesure de ce que nous commandent Ă  la fois les besoins de notre Ă©quilibre et les traits de notre caractĂšre. »2934 Charles de GAULLE 1890-1970, ConfĂ©rence de presse, 11 avril 1961. Les IdĂ©es constitutionnelles du gĂ©nĂ©ral de Gaulle 1974, Jean Louis DebrĂ©, Charles de Gaulle Conclusion d’un discours politique qui a pour thĂšme la Constitution, Ă  qui certains reprochent de n’ĂȘtre ni parlementaire – type IIIe ou IVe RĂ©publique – ni prĂ©sidentielle comme aux États-Unis. Les lectures » de la Constitution par les constitutionnalistes changeront avec les Ă©vĂ©nements, les hommes et la pratique constitutionnelle c’est un texte parfaitement adaptĂ© et adaptable aux circonstances. Notre systĂšme, prĂ©cisĂ©ment parce qu’il est bĂątard, est peut-ĂȘtre plus souple qu’un systĂšme logique. Les corniauds » sont souvent plus intelligents que les chiens de race. »2935 Georges POMPIDOU 1911-1974, Le NƓud gordien 1974 TĂ©moignage de prĂ©sident, auparavant Premier ministre de De Gaulle durant six ans, et parole prophĂ©tique de la cohabitation, Ă  commencer par celle des annĂ©es 1986-1988 il faudra en effet une souplesse certaine pour que coexistent plus ou moins pacifiquement un prĂ©sident de gauche Mitterrand et un gouvernement issu d’une AssemblĂ©e de droite. Et vice versa. Au total, trois cohabitations 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002. PhĂ©nomĂšne pour ainsi dire inconnu dans les autres pays. Tout de mĂȘme qu’à bord du navire l’antique expĂ©rience des marins veut qu’un second ait son rĂŽle Ă  lui Ă  cĂŽtĂ© du commandant, ainsi dans notre nouvelle RĂ©publique, l’exĂ©cutif comporte-t-il aprĂšs le prĂ©sident vouĂ© Ă  ce qui est essentiel et permanent un Premier ministre aux prises avec les contingences. »2936 Charles de GAULLE 1890-1970, MĂ©moires d’espoir, tome I, Le renouveau, 1958-1962 1970 Division du travail, et problĂšme fondamental du fonctionnement de nos institutions que l’existence d’un domaine rĂ©servĂ© » au chef de l’État, cependant que le second », qui n’est plus prĂ©sident du Conseil, mais seulement le Premier des ministres de son gouvernement, gĂšre le quotidien, rĂŽle moins prestigieux et plus ingrat. 3. CinquiĂšme RĂ©publique. L’homme d’État se rĂ©vĂšle clairement sur tous les fronts, au quotidien et Ă  l’international, en attendant que l’AlgĂ©rie devienne le seul problĂšme. Que vienne la paix des braves et je suis sĂ»r que les haines iront en s’effaçant. »2981 Charles de GAULLE 1890-1970, ConfĂ©rence de presse Ă  l’hĂŽtel Matignon, 23 octobre 1958. 1958, le retour de De Gaulle 1998, RenĂ© RĂ©mond Qu’est-ce Ă  dire ? Simplement ceci que ceux qui ont ouvert le feu le cessent et qu’ils retournent sans humiliation Ă  leur famille et Ă  leur travail ! » Mais ce n’est pas ce que veut le Front de LibĂ©ration nationale FLN le 25 septembre, il a affirmĂ© sa volontĂ© de nĂ©gociations politiques aussi bien que militaires et deux mois plus tard, il crĂ©e le Gouvernement provisoire de la RĂ©publique algĂ©rienne GPRA. De Gaulle posera bientĂŽt comme seule condition aux nĂ©gociations de laisser le couteau au vestiaire ». Mais la paix des braves, sur le terrain comme dans un traitĂ©, est encore loin d’ĂȘtre conclue. Guide de la France, et chef de l’État rĂ©publicain, j’exercerai le pouvoir suprĂȘme dans toute l’étendue qu’il comporte dĂ©sormais. »2982 Charles de GAULLE 1890-1970, DĂ©claration radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 28 dĂ©cembre 1958. Les IdĂ©es constitutionnelles du gĂ©nĂ©ral de Gaulle 1974, Jean Louis DebrĂ©, Charles de Gaulle Il vient d’ĂȘtre Ă©lu prĂ©sident de la RĂ©publique, le 21 dĂ©cembre. La nouvelle Constitution, ratifiĂ©e par le rĂ©fĂ©rendum du 28 septembre avec prĂšs de 80 % de oui, et promulguĂ©e le 4 octobre, fonde le nouveau rĂ©gime prĂ©sidentiel de la CinquiĂšme RĂ©publique, confiant au chef de l’État les quatre attributions fondamentales, sans aucune obligation de contreseing ministĂ©riel la nomination du Premier ministre, la dissolution de l’AssemblĂ©e nationale, le recours au rĂ©fĂ©rendum et la mise en jeu des pouvoirs spĂ©ciaux en cas de crise. ChĂšque en blanc », titre Le Monde. DĂšs sa naissance, le MarchĂ© commun va devoir entrer en nĂ©gociation quasi permanente avec ses voisins, les autres, la Terre entiĂšre. Et sa vie sera dominĂ©e par le problĂšme des concessions ou dĂ©rogations accordĂ©es pour se faire admettre. »2983 Jean-François DENIAU 1928-2007, L’Europe interdite 1977 Le 1er janvier 1959, le traitĂ© de Rome instituant la CommunautĂ© Ă©conomique europĂ©enne CEE entre en vigueur. Il a Ă©tĂ© signĂ© le 25 mars 1957 et certains craignaient – Ă©tant donnĂ© les Ă©vĂ©nements algĂ©riens et la rĂ©putation d’anti-europĂ©en faite Ă  de Gaulle – que la France ne demande de repousser l’échĂ©ance de son entrĂ©e dans le MarchĂ© commun. L’AlgĂ©rie de papa est morte. Si on ne le comprend pas, on mourra avec elle. »2984 Charles de GAULLE 1890-1970, DĂ©claration Ă  Pierre Laffont, directeur de L’Écho d’Oran, 29 avril 1959. AlgĂ©rie 1962, la guerre est finie 2002, Jean Lacouture Mais que sera l’AlgĂ©rie de l’avenir ? Le prĂ©sident est trop pragmatique, l’AlgĂ©rie trop dĂ©chirĂ©e par la guerre et les Ă©vĂ©nements trop incertains pour que soit fixĂ©e une ligne politique. De Gaulle attend la mi-septembre pour lancer le mot, l’idĂ©e d’ autodĂ©termination », d’oĂč trois solutions possibles sĂ©cession pure et simple, francisation complĂšte dans l’égalitĂ© des droits, de Dunkerque Ă  Tamanrasset », ou gouvernement des AlgĂ©riens par les AlgĂ©riens en union Ă©troite avec la France. En France, la droite qui veut l’AlgĂ©rie française commence Ă  se diviser ; en AlgĂ©rie, le GPRA veut des nĂ©gociations prĂ©alables et l’armĂ©e va vivre bien des dĂ©chirements. Non, il n’est pas chaud, le contingent. Pour tout dire, il n’a pas d’allant. Il est mĂȘme butĂ© comme un Ăąne. »2985 Michel COURNOT 1922-2007, L’Express 1959. Les Parachutistes 2006, Gilles Perrault Il dĂ©crit l’état d’esprit d’un jeune soldat dans la Casbah d’Alger, alors que la pacification est un prĂ©alable Ă  toute nĂ©gociation, donc un devoir de l’armĂ©e. C’est dire la sympathie que ce journaliste trĂšs intellectuel de gauche Ă©prouve pour le contingent » Le contingent a Ă©coutĂ©, et il n’est pas convaincu. Il ne se sent pas tellement chaud pour dĂ©fendre la libertĂ© en allant au-delĂ  des mers tirer Ă  coups de canon sur des gaillards en espadrilles
 » Je puis vous assurer que la Loire continuera Ă  couler dans son lit. »2986 Charles de GAULLE 1890-1970, Aux maires du Loiret, Ă  OrlĂ©ans, mai 1959. De Gaulle parle des institutions, de l’AlgĂ©rie, de l’armĂ©e, des affaires Ă©trangĂšres, de la CommunautĂ©, de l’économie et des questions sociales 1962, AndrĂ© Passeron Mot qualifiĂ© d’ infrahistorique » par son biographe Jean Lacouture. De Gaulle, pour ĂȘtre lui-mĂȘme, a besoin de circonstances exceptionnelles, et tout prĂ©sident de la RĂ©publique doit prononcer au quotidien » d’innombrables discours sur tout et sur rien !Dans le mĂȘme esprit, Ă  FĂ©camp Je salue FĂ©camp, port de mer et qui entend le rester » et Ă  Lyon Lyon n’a jamais Ă©tĂ© aussi lyonnaise. » Si humour il y a, il est sans doute involontaire. Il faut que la dĂ©fense de la France soit française [
] Un pays comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre. Il faut que son effort soit son effort. »2938 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours au Centre des hautes Ă©tudes militaires, 3 novembre 1959. Discours et messages avec le renouveau, mai 1958-juillet 1962 1970, Charles de Gaulle C’est aussi un militaire qui parle. Pendant sa guerre de RĂ©sistance, il a dĂ» se battre pour ĂȘtre reconnu du grand alliĂ© amĂ©ricain. Un peu plus tard, face aux USA, il affirmera Il est intolĂ©rable Ă  un grand État que son destin soit laissĂ© aux dĂ©cisions et Ă  l’action d’un autre État quelque amical qu’il puisse ĂȘtre. » La force de frappe atomique française, clĂ© de voĂ»te du systĂšme de dĂ©fense, combattue du vivant du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, populaire dans l’opinion, sera dĂ©veloppĂ©e par tous ses successeurs. Au XXIe siĂšcle, hors tout contexte de guerre froide, la force de dissuasion nationale n’est pas vraiment remise en question. Oui, c’est l’Europe depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, toutes ces vieilles terres oĂč naquit, oĂč fleurit la civilisation moderne, c’est toute l’Europe qui dĂ©cidera du destin du monde. »2987 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours de Strasbourg, 23 novembre 1959. De Gaulle et l’Europe 1963, Roger Massip Autre problĂšme majeur, mais question toujours posĂ©e au XXIe siĂšcle. De quelle Europe s’agit-il ? Un an plus tĂŽt, de Gaulle Ă©crit Ă  Paul Reynaud Vous savez qu’à mon sens, on peut voir l’Europe et peut-ĂȘtre la faire de deux façons l’intĂ©gration par le supranational, ou la coopĂ©ration des États et des nations. C’est Ă  la deuxiĂšme que j’adhĂšre. » Le discours de Strasbourg reste prophĂ©tique sur un autre plan. L’Europe a vĂ©cu la rĂ©unification de l’Allemagne et la rĂ©conciliation entre les deux pays jadis ennemis, devenus alliĂ©s. Plus globalement, la guerre froide et le communisme dans sa version soviĂ©tique appartiennent Ă  un passĂ© rĂ©volu. De sorte que l’idĂ©e de maison commune » europĂ©enne et de cette Europe de l’Atlantique Ă  l’Oural » ne relĂšve plus de l’utopie. Il m’a semblĂ© et il me semble qu’il est avant tout nĂ©cessaire de refaire la vieille Europe, de la refaire solidaire, notamment quant Ă  sa reconstruction et Ă  sa renaissance Ă©conomique dont tout le reste dĂ©pend, de la refaire avec tous ceux qui, d’une part, voudront et pourront s’y prĂȘter et, d’autre part, demeurent fidĂšles Ă  cette conception du droit des gens et des individus d’oĂč est sortie et sur laquelle repose notre civilisation. »2969 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours, entretiens et autres sources, blog de l’UGF Union des Gaullistes de France Trop souverainiste participant de l’État souverain pour approuver l’intĂ©gration europĂ©enne et le fĂ©dĂ©ralisme, il n’en demeure pas moins prophĂ©tique et visionnaire sur ce thĂšme comme sur tant d’autres. D’oĂč le dialogue avec Malraux, lui aussi acteur de l’histoire et l’un des penseurs du siĂšcle. Le vieux franc français, si souvent mutilĂ© Ă  mesure de nos vicissitudes, nous voulons qu’il reprenne une substance conforme au respect qui lui est dĂ». »2988 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours sur la politique de rigueur, 28 dĂ©cembre 1958, annonçant la crĂ©ation d’un nouveau franc, le 1er janvier 1960. De Gaulle vous parle 1967, Charles de Gaulle La crĂ©ation du nouveau franc 1960 valant 100 francs anciens a Ă©tĂ© annoncĂ©e un an plus tĂŽt. Si le mot rigueur » n’apparaĂźt pas dans le discours, il le dĂ©finit bien. L’opĂ©ration franc lourd » cause un choc psychologique et lie avec habiletĂ© l’avenir de la monnaie et le prestige international du pays, dans le cadre d’une nouvelle politique Ă©conomique et financiĂšre rendant la France compĂ©titive en Europe. Antoine Pinay, ministre des Finances et des Affaires Ă©conomiques jouissant d’un immense prestige auprĂšs du Français moyen, va cependant dĂ©missionner en janvier 1960, pour cause de dĂ©saccord avec le chef de l’État notamment sur la CEE, CommunautĂ© Ă©conomique europĂ©enne créée en 1957, origine de l’actuelle Union europĂ©enne. Le vieux franc français est nĂ© le 5 dĂ©cembre 1360, en pleine guerre de Cent Ans. Et quarante ans aprĂšs sa crĂ©ation, le nouveau franc s’effacera devant la monnaie europĂ©enne, l’euro, nouvel enjeu Ă©conomique et stratĂ©gique, pari globalement rĂ©ussi. 4. La guerre d’AlgĂ©rie et la politique prĂ©sidentielle imposĂ©e par la situation, clairement exposĂ©e au fil des Ă©vĂ©nements et massivement approuvĂ©e par rĂ©fĂ©rendums. En vertu du mandat que le peuple m’a donnĂ© et de la lĂ©gitimitĂ© nationale que j’incarne depuis vingt ans, je demande Ă  tous et Ă  toutes de me soutenir quoi qu’il arrive. »2972 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 29 janvier 1960. Discours et messages, volume III 1970, Charles de Gaulle Vingt ans aprĂšs – aprĂšs le fameux Appel du 18 juin 1940 –, lui-mĂȘme se pose en personnage historique et s’impose Ă  un autre moment crucial de l’histoire de France – les barricades d’Alger. Je m’adresse Ă  la France. Eh bien, mon cher et vieux pays, nous voici donc ensemble encore une fois, face Ă  une nouvelle Ă©preuve. »2989 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 29 janvier 1960. De Gaulle 1964, François Mauriac OmniprĂ©sent sur tous les fronts, le prĂ©sident excelle dans la communication directe avec la France et les Français. Cette fois, le gĂ©nĂ©ral s’est mis en tenue militaire, pour traiter du drame national. La semaine des Barricades a commencĂ© Ă  Alger, le 24 janvier. La population de souche mĂ©tropolitaine refuse l’idĂ©e d’autodĂ©termination lancĂ©e par de Gaulle, et s’oppose au renvoi du gĂ©nĂ©ral Massu – qui a affirmĂ© dans un journal allemand que l’armĂ©e Ă©tait pour l’AlgĂ©rie française. L’armĂ©e française, que deviendrait-elle, sinon un ramas anarchique et dĂ©risoire de fĂ©odalitĂ©s militaires, s’il arrivait que des Ă©lĂ©ments mettent des conditions Ă  leur loyalisme ? [
] Aucun soldat ne doit, sous peine de faute grave, s’associer Ă  aucun moment, mĂȘme passivement, Ă  l’insurrection. »2990 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 29 janvier 1960. De Gaulle le souverain, 1959-1970 1986, Jean Lacouture Le gĂ©nĂ©ral, en tenue de gĂ©nĂ©ral, en appelle Ă  la discipline des soldats et sauve la situation par ce discours. Selon Raymond Aron Preuves, mars 1960 Durant ces cinq jours, rien n’existait plus, ni le rĂ©gime, ni la Constitution, ni moins encore le gouvernement, hĂ©sitant et divisĂ© il ne restait plus rien qu’un homme, et un homme seul. » La semaine des Barricades aura des suites importantes gouvernement remaniĂ©, affaires algĂ©riennes prises encore plus directement en main par l’ÉlysĂ©e. De Gaulle se rend sur place dĂ©but mars pour reprendre contact avec l’armĂ©e – c’est la tournĂ©e des popotes » oĂč les dĂ©clarations restent officieuses et contradictoires. Il parlera publiquement de RĂ©publique algĂ©rienne le 4 novembre prochain. Hourra pour la France ! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fiĂšre. »2991 Charles de GAULLE 1890-1970, TĂ©lĂ©gramme, 13 fĂ©vrier 1960. De Gaulle le souverain, 1959-1970 1986, Jean Lacouture PremiĂšre explosion de la bombe A française Ă  Reggane Sahara. C’est une Ă©tape dans la politique d’indĂ©pendance militaire du gĂ©nĂ©ral qui se refuse Ă  la docilitĂ© atlantique » et veut doter le pays des moyens modernes de la dissuasion ». La France entre ainsi dans le club encore trĂšs fermĂ© des puissances atomiques. Elle refusera de signer le traitĂ© de Moscou du 3 aoĂ»t 1963, sur la non-prolifĂ©ration nuclĂ©aire. Le 28 aoĂ»t 1968, c’est l’explosion de la premiĂšre bombe H dans le Pacifique. Il est tout Ă  fait naturel qu’on ressente la nostalgie de ce qui Ă©tait l’Empire, tout comme on peut regretter la douceur des lampes Ă  huile, la splendeur de la marine Ă  voile, le charme du temps des Ă©quipages. Mais, quoi ? Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des rĂ©alitĂ©s. »2992 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 14 juin 1960. L’AnnĂ©e politique, Ă©conomique, sociale et diplomatique en France 1961 AprĂšs la guerre d’Indochine, l’affaire tunisienne puis l’imbroglio marocain rĂ©glĂ©s sous la IVe RĂ©publique, outre le drame de l’AlgĂ©rie, il reste encore en 1958 Ă  achever la dĂ©colonisation de l’Afrique noire et de Madagascar, en germe dans la loi Defferre de 1956. L’opinion publique y est moins sensible qu’au problĂšme algĂ©rien. De Gaulle pense d’abord Ă  une CommunautĂ© avec dĂ©fense, politique Ă©trangĂšre et politique Ă©conomique communes. Sous la pression des Ă©vĂ©nements, il opte pour la dĂ©colonisation et accorde en 1960 l’indĂ©pendance, qui n’exclut pas le maintien de liens privilĂ©giĂ©s entre la mĂ©tropole et ses ex-colonies africaines. Il faut qu’avant d’entrer dans la salle [des nĂ©gociations] on ait dĂ©posĂ© son couteau. »2993 Charles de GAULLE 1890-1970, 6 septembre 1960. De Gaulle 1972, AndrĂ© Passeron Le couteau au vestiaire » devient le prĂ©alable de toute nĂ©gociation. Mais l’on continue de se battre en AlgĂ©rie, tandis qu’en France, intellectuels et syndicalistes manifestent pour la paix en AlgĂ©rie. Pendant la guerre d’AlgĂ©rie, Zola deviendrait lĂ©gion, et quotidien J’accuse. »2994 Georges DUBY 1919-1996, Histoire de la France 1987 Allusion au combat de Zola dans l’affaire Dreyfus, et Ă  son cĂ©lĂšbre article dans L’Aurore du 13 janvier 1898. Nombre d’intellectuels de gauche se sont politiquement engagĂ©s dans l’affaire algĂ©rienne. Exemple le Manifeste des 121 », signĂ© par des professeurs et des Ă©crivains, des artistes et des comĂ©diens, publiĂ© le 6 septembre 1960, dĂ©nonçant la torture en AlgĂ©rie et rĂ©clamant le droit Ă  l’insoumission ». C’est une façon de soutenir le rĂ©seau Jeanson, dĂ©mantelĂ© au dĂ©but de l’annĂ©e, dont le procĂšs commence, devant le tribunal des forces armĂ©es. La gauche est impuissante et elle le restera si elle n’accepte pas d’unir ses efforts Ă  la seule force qui lutte aujourd’hui rĂ©ellement contre l’ennemi commun des libertĂ©s algĂ©riennes et des libertĂ©s françaises. Et cette force est le FLN. »2995 Jean-Paul SARTRE 1905-1980, Lettre au procĂšs Jeanson 5 septembre-1er octobre 1960. La Guerre d’AlgĂ©rie des complots du 13 mai Ă  l’indĂ©pendance 1981, Henri Alleg Certains Français ne se contentent plus de prendre position en faveur de la paix en AlgĂ©rie et de nĂ©gociations avec le FLN, ils apportent une aide directe Ă  ses membres, c’est-Ă -dire aux dirigeants de la rĂ©bellion, participant mĂȘme Ă  des faits de guerre ou de terrorisme. Le rĂ©seau Jeanson regroupe 6 AlgĂ©riens et 17 Français de mĂ©tropole accusĂ©s, entre autres, de transporter des fonds, des faux papiers, du matĂ©riel de propagande – d’oĂč le nom de porteurs de valises » donnĂ© par Sartre. Il est personnellement liĂ© Ă  Francis Jeanson en fuite, et donc absent au procĂšs. Ne pouvant se prĂ©senter lui-mĂȘme au tribunal retenu au BrĂ©sil pour une tournĂ©e de confĂ©rence, l’écrivain exprime sa solidaritĂ© par une longue lettre, se rĂ©fĂ©rant au Manifeste des 121 qu’il a naturellement signĂ©. 26 avocats dont Roland Dumas dĂ©fendent les inculpĂ©s, faisant durer le procĂšs et ridiculisant le tribunal, stratĂ©gie payante face Ă  l’opinion publique. Jeanson sera reconnu coupable de haute trahison, et condamnĂ© Ă  dix ans de rĂ©clusion – amnistiĂ© en 1966. La majoritĂ© des autres membres du rĂ©seau sont condamnĂ©s plus ou moins sĂ©vĂšrement, et neuf acquittĂ©s. Le Monde, en septembre 2000, rend justice Ă  ces traĂźtres qui sauvĂšrent l’honneur de la France » Dominique Vidal. La RĂ©publique algĂ©rienne existera un jour. »2996 Charles de GAULLE 1890-1970, ConfĂ©rence tĂ©lĂ©visĂ©e, 4 novembre 1960. La Guerre d’AlgĂ©rie et les intellectuels français 1991, Jean-Pierre Rioux, Jean-François Sirinelli Alors que la guerre s’éternise, le prĂ©sident relance la politique algĂ©rienne, annonçant un rĂ©fĂ©rendum sur l’autodĂ©termination, parlant pour la premiĂšre fois de RĂ©publique algĂ©rienne », fustigeant les deux meutes ennemies, celle de l’immobilisme stĂ©rile et celle de l’abandon vulgaire ». Il part en AlgĂ©rie le 12 dĂ©cembre pour lancer la campagne sur le rĂ©fĂ©rendum Ă©meutes Ă  Alger, Oran. Le Front de l’AlgĂ©rie française se heurte aux musulmans brandissant le drapeau vert du FLN 120 morts, et c’en est fini du mythe de la fraternisation entre les communautĂ©s. Françaises, Français [
] j’ai besoin de savoir ce qu’il en est dans les esprits et dans les cƓurs, c’est pourquoi je me tourne vers vous par-dessus tous les intermĂ©diaires. En vĂ©ritĂ©, qui ne le sait, l’affaire est entre chacune de vous, chacun de vous et moi-mĂȘme. »2997 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 6 janvier 1961. L’AnnĂ©e politique, Ă©conomique, sociale et diplomatique en France 1962 DerniĂšre apparition prĂ©sidentielle, avant le rĂ©fĂ©rendum du 8 qui demande au peuple français d’approuver le principe de l’autodĂ©termination du peuple algĂ©rien. Oui » plus de 75 % des suffrages exprimĂ©s. Les Ă©lecteurs n’ont pas suivi les consignes des partis politiques et, comme de Gaulle, ont nĂ©gligĂ© ces intermĂ©diaires. Le choc est dur, chez les EuropĂ©ens d’AlgĂ©rie Ă©galement consultĂ©s et qui ont rĂ©pondu majoritairement non » ils ne se savaient pas Ă  ce point coupĂ©s de la mĂ©tropole, abandonnĂ©s. D’oĂč le durcissement de leur position, alors que des nĂ©gociations sont annoncĂ©es entre la France et le FLN Ă  Évian. L’OAS frappe oĂč elle veut, quand elle veut, comme elle veut. »2998 Slogan de la nouvelle Organisation ArmĂ©e secrĂšte ». L’OAS et la fin de la guerre d’AlgĂ©rie 1985, M’Hamed Yousfi Premiers tracts lancĂ©s dĂ©but fĂ©vrier 1961. L’armĂ©e fait son mĂ©tier en AlgĂ©rie, avec 400 000 hommes qui se battent sur le terrain. La pacification progresse exceptĂ© dans les AurĂšs, mais le terrorisme fait rage et le FLN multiplie les attentats. Les EuropĂ©ens d’AlgĂ©rie vivent aussi dans la terreur de la nĂ©gociation, qui conduira inĂ©vitablement Ă  l’indĂ©pendance. Et l’OAS, choisissant la politique du dĂ©sespoir, recourt Ă©galement aux attentats. Ainsi, le maire d’Évian, Camille Blanc, tuĂ© par une charge de plastic le 31 mars, assassinĂ© uniquement parce que sa ville est choisie pour accueillir les nĂ©gociations. Cela n’inflĂ©chit en rien la politique du prĂ©sident. La dĂ©colonisation est notre intĂ©rĂȘt et par consĂ©quent notre politique. Pourquoi resterions-nous accrochĂ©s Ă  des dominations coĂ»teuses, sanglantes et sans issue, alors que notre pays est Ă  renouveler de fond en comble ? »2939 Charles de GAULLE 1890-1970, ConfĂ©rence de presse, 11 avril 1961. Paroles de chefs, 1940-1962 1963, Claude Cy, Charles de Gaulle Il a reconnu auparavant que la France a rĂ©alisĂ© outre-mer une grande Ɠuvre humaine qui, malgrĂ© des abus ou des erreurs, lui fait pour toujours honneur. La QuatriĂšme RĂ©publique, qui a commencĂ© la dĂ©colonisation Indochine, Maroc, Tunisie, Afrique noire en cours, a rappelĂ© de Gaulle au pouvoir pour rĂ©soudre l’ affaire algĂ©rienne ». Ce qu’il va faire en lui donnant l’indĂ©pendance inscrite dans le cours de l’histoire. Cet État sera ce que les AlgĂ©riens voudront. Pour ma part, je suis persuadĂ© qu’il sera souverain au-dedans et au-dehors. Et, encore une fois, la France n’y fait aucun obstacle. »2999 Charles de GAULLE 1890-1970, ConfĂ©rence de presse, 11 avril 1961. L’AnnĂ©e politique, Ă©conomique, sociale et diplomatique en France 1962 De Gaulle annonce qu’il envisage l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie avec un cƓur parfaitement tranquille ». Onze jours plus tard, c’est le putsch, dans la nuit du 21 au 22 avril. Ce qui est grave dans cette affaire, Messieurs, c’est qu’elle n’est pas sĂ©rieuse. »3000 Charles de GAULLE 1890-1970, Conseil des ministres extraordinaire, rĂ©uni Ă  17 heures, le 22 avril 1961. La Fronde des gĂ©nĂ©raux 1961, Jacques Fauvet, Jean Planchais La population d’Alger a Ă©tĂ© rĂ©veillĂ©e Ă  7 heures du matin, par ce message lu Ă  la radio L’armĂ©e a pris le contrĂŽle de l’AlgĂ©rie et du Sahara. » Les gĂ©nĂ©raux rebelles font arrĂȘter le dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral du gouvernement, et un certain nombre d’autoritĂ©s civiles et militaires. Quelques rĂ©giments se rallient aux rebelles. La population europĂ©enne, qui se sent abandonnĂ©e par la mĂ©tropole, est avec eux. Mais de Gaulle semble serein, devant ses ministres. Le directoire militaire a quand mĂȘme pris le pouvoir Ă  Alger. Les ralliements se multiplient derriĂšre les quatre gĂ©nĂ©raux, Challe, Zeller, Jouhaud et Salan, qui dĂ©noncent la trahison » du gĂ©nĂ©ral de Gaulle et font le serment de garder l’AlgĂ©rie pour que nos morts ne soient pas morts pour rien ». Les insurgĂ©s tiennent Oran, Constantine le lendemain. Le coup d’État semble rĂ©ussi. De Gaulle reparaĂźt et va trouver les mots qui tuent. Ce pouvoir a une apparence un quarteron de gĂ©nĂ©raux en retraite. Il a une rĂ©alitĂ© un groupe d’officiers, partisans, ambitieux et fanatiques. »3001 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 23 avril 1961. AlgĂ©rie 1962, la guerre est finie 2002, Jean Lacouture RevĂȘtu de sa tenue de gĂ©nĂ©ral, le de Gaulle des grandes heures parle Au nom de la France, j’ordonne que tous les moyens soient employĂ©s pour barrer partout la route Ă  ces hommes-lĂ , en attendant de les rĂ©duire. » Il demande que s’applique l’article 16 de la Constitution pouvoirs spĂ©ciaux c’est une dictature rĂ©publicaine », justifiĂ©e par la situation. Tous les bidasses entendent cette voix de la France sur leur transistor. Le contingent refuse de suivre le quarteron de gĂ©nĂ©raux ovationnĂ©s par les pieds-noirs sur le Forum d’Alger, entre les cris AlgĂ©rie française » et de Gaulle au poteau ! » Mais le vent tourne. Challe se livre le 26, suivi par Zeller. Salan et Jouhaud continuent dans la clandestinitĂ©, l’OAS rĂ©siste encore combat d’hommes dĂ©sespĂ©rĂ©s, d’autant plus dangereux. Il faut que les objectifs Ă  dĂ©terminer par le Plan [
] revĂȘtent pour tous les Français un caractĂšre d’ardente obligation. »3002 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 8 mai 1961. La Mystique du Plan 1963, Philippe Bauchard MĂȘme en pleine guerre d’AlgĂ©rie, il faut se prĂ©occuper de l’ intendance ». Le Plan, depuis seize ans, oriente l’économie de la France. De Gaulle en parle ainsi dans ses MĂ©moires d’espoir Il embrasse l’ensemble, fixe les objectifs, Ă©tablit une hiĂ©rarchie des urgences et des importances, introduit parmi les responsables et mĂȘme dans l’esprit public le sens de ce qui est global, ordonnĂ© et continu, compense l’inconvĂ©nient de la libertĂ© sans en perdre l’avantage ». Le premier Plan de la Ve RĂ©publique IVe Plan depuis la LibĂ©ration couvre la pĂ©riode 1961-1964. Il est le plus concernĂ© par cette ardente obligation ». Il y en aura dix. Le projet du numĂ©ro XI est victime de la crise de la planification française. En fait, l’outil, trop rigide, n’est plus adaptĂ© Ă  d’autres besoins, d’autres temps. DĂšs lors que l’État et la nation ont choisi leur chemin, le devoir militaire est fixĂ© une fois pour toutes. Hors de ses rĂšgles, il ne peut y avoir, il n’y a que des soldats perdus. »3003 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours Ă  Strasbourg, 23 novembre 1961. L’AnnĂ©e politique, Ă©conomique, sociale et diplomatique en France 1962 Il s’exprime en ces termes, lors d’une grande manifestation militaire devant les cadres de l’armĂ©e. L’automne et l’hiver sont dramatiques, les passions s’exaspĂ©rant de part et d’autre. L’OAS multiplie les attentats, en AlgĂ©rie comme en mĂ©tropole le plastic vise de Gaulle lui-mĂȘme 9 septembre Ă  Pont-sur-Seine, Malraux et divers intellectuels. Les manifestations pro-FLN, musulmanes, syndicales, entraĂźnent contre-manifestations, charges de police, morts. Ils sont neuf Ă  la station de mĂ©tro Charonne. 300 000 personnes suivront leur enterrement, le 13 fĂ©vrier 1962. L’opinion est mobilisĂ©e, mais lasse aussi. Il faut en finir avec cette sale guerre. Je lis Paris-Turf. J’en ai rien Ă  faire de la politique [
] Moi je suis un vieux libertaire, un vieil anar. Un anar bourgeois [
] d’ailleurs tous les anars sont des bourgeois. Ils veulent pas ĂȘtre emmerdĂ©s. Ils veulent la sĂ»retĂ©, la tranquillitĂ©. »3004 Jean GABIN 1904-1976, L’Express, 22 fĂ©vrier 1962 Dans cette pĂ©riode politisĂ©e Ă  l’extrĂȘme, Gabin, l’un des acteurs les plus populaires du cinĂ©ma français, exprime Ă  sa façon le ras-le-bol d’un certain nombre de Français devant les Ă©vĂ©nements. Il va peser lourd le oui que je demande Ă  chacune et Ă  chacun de vous ! »3005 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 26 mars 1962. Les Accords d’Évian, le rĂ©fĂ©rendum et la rĂ©sistance algĂ©rienne 1962, Maurice Allais Le gĂ©nĂ©ral, comme Ă  son habitude dans les grands moments, en appelle Ă  la population. Il donne les rĂ©sultats des nĂ©gociations d’Évian, proclame le cessez-le-feu, et annonce le prochain rĂ©fĂ©rendum Il faut maintenant que s’expriment trĂšs haut l’approbation et la confiance nationale. » Le 8 avril, plus de 90 % des Français approuveront les accords d’Évian signĂ©s le 18 mars. Le oui des AlgĂ©riens consultĂ©s le 2 est encore plus massif. Le 3, la France reconnaĂźt l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie et Ben Bella devient prĂ©sident de la RĂ©publique. Juridiquement, la guerre est finie. La vie politique française sera marquĂ©e par les sĂ©quelles de cette guerre non dĂ©clarĂ©e, qui a Ă©clatĂ© le 1er novembre 1954 et mobilisĂ© deux millions de jeunes Français du contingent. Bilan 25 000 tuĂ©s chez les soldats français, 2 000 morts de la LĂ©gion Ă©trangĂšre, un millier de disparus et 1 300 soldats morts des suites de leurs blessures. Environ 270 000 musulmans algĂ©riens sont morts, sur une population de dix millions d’habitants. Et deux millions de musulmans dĂ©portĂ©s en camps de regroupement. La valise ou le FLN, Ă©crit sur des petits cercueils postĂ©s aux pieds-noirs. De Gaulle ou l’éternel dĂ©fi 56 tĂ©moignages 1988, Jean Lacouture, Roland Mehl, Jean Labib Au printemps 1946, le PPA Parti du peuple algĂ©rien luttant pour l’indĂ©pendance diffusait dĂ©jĂ  le slogan Ă  Constantine, sur des tracts glissĂ©s dans les boĂźtes aux lettres. Mais c’est au printemps 1962, Ă  Alger, Ă  Oran, que les attentats sont les plus nombreux, une charge de plastic pouvant faire plus de cent morts et blessĂ©s ! Le FLN dĂ©clenche Ă©galement Ă  la mi-avril une sĂ©rie d’enlĂšvements, pour lutter contre l’OAS toujours active dans le maquis. Mais ses membres sont protĂ©gĂ©s, en centre-ville, et les victimes sont surtout les colons isolĂ©s dans les bleds, les harkis, les habitants des banlieues. La dĂ©couverte de charniers augmente la peur des petits blancs. L’exode s’accĂ©lĂšre il y aura beaucoup de valises, et de cercueils aussi, Ă  l’issue de cette guerre de huit ans. La guerre ne s’est pas terminĂ©e dans de bonnes conditions, mais c’étaient les seules conditions possibles. »3007 Paul REYNAUD 1878-1966, fin avril 1962. Vie politique sous la CinquiĂšme RĂ©publique 1981, Jacques Chapsal À l’occasion du dĂ©jeuner de la presse anglo-saxonne, dont il est l’hĂŽte d’honneur. Le 8 avril, plus de 90 % des Français ont approuvĂ© par rĂ©fĂ©rendum les accords d’Évian du 18 mars. Juridiquement, la guerre est finie et le 3 juillet, la France reconnaĂźt l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie. Mais politiquement, bien des drames vont encore se jouer. Certains jours de printemps, Ă  Alger, Ă  Oran, les attentats font plus de cent morts. L’exode vers la mĂ©tropole sera plus massif que prĂ©vu et dans des conditions plus pĂ©nibles on attendait 350 000 rapatriĂ©s en cinq ans, ils seront 700 000 en quatre mois. Être, avoir Ă©tĂ© le premier collaborateur du gĂ©nĂ©ral de Gaulle est un titre inĂ©galĂ©. »3008 Michel DEBRÉ 1912-1996, Premier ministre, fin de la lettre au gĂ©nĂ©ral de Gaulle, rendue publique le 15 avril 1962. L’AnnĂ©e politique, Ă©conomique, sociale et diplomatique en France 1963 Il faut tourner la page aprĂšs la conclusion du drame algĂ©rien Comme il Ă©tait convenu, et cette Ă©tape dĂ©cisive Ă©tant franchie, j’ai l’honneur, Mon GĂ©nĂ©ral, de vous prĂ©senter la dĂ©mission du gouvernement. » Ce Ă  quoi le gĂ©nĂ©ral de Gaulle rĂ©pond En me demandant d’accepter votre retrait du poste de Premier ministre et de nommer un gouvernement, vous vous conformez entiĂšrement et de la maniĂšre la plus dĂ©sintĂ©ressĂ©e Ă  ce dont nous Ă©tions depuis longtemps convenus. » Georges Pompidou entre alors sur la scĂšne de l’histoire il forme le nouveau gouvernement le 25 avril, essentiellement UNR parti gaulliste, avec quelques MRP Mouvement rĂ©publicain populaire. Pompidou n’est pas un parlementaire rompu au jeu politique, mais un agrĂ©gĂ© sachant Ă©crire », parachutĂ© Ă  33 ans dans le cabinet de Gaulle en 1944. Il restera six ans chef de gouvernement – un record, sur ce siĂšcle ! Il ne peut pas y avoir d’autre Europe que celle des États. »3009 Charles de GAULLE 1890-1970, ConfĂ©rence de presse, 15 mai 1962. Discours et messages, volume III 1970, Charles de Gaulle Et pour preuve Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent Ă  toute l’Europe dans la mesure mĂȘme oĂč ils Ă©taient respectivement et Ă©minemment Italien, Allemand et Français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient Ă©tĂ© des apatrides et s’ils avaient pensĂ©, Ă©crit en quelque esperanto ou volapĂŒk intĂ©grĂ© ». Du coup, les membres du gouvernement appartenant au MRP, parti trĂšs europĂ©en, dĂ©missionnent, Pierre Pflimlin en tĂȘte, Robert Buron Ă  sa suite. RemplacĂ©s par des IndĂ©pendants. 5. 22 aoĂ»t 1962. L’attentat du Petit-Clamart contre de Gaulle frappe l’opinion publique et justifie le tournant constitutionnel approuvĂ© par rĂ©fĂ©rendum l’élection prĂ©sidentielle au suffrage universel prend tout son sens. Aujourd’hui ou demain, envers et contre tous, le traĂźtre de Gaulle sera abattu comme un chien enragĂ©. »3010 Tract CNR nouveau Conseil national de la rĂ©sistance, créé par l’OAS reçu par tous les dĂ©putĂ©s, aprĂšs l’attentat du Petit-Clamart, aoĂ»t 1962. Chronique des annĂ©es soixante 1990, Michel Winock C’est encore une retombĂ©e de la guerre d’AlgĂ©rie, aux consĂ©quences importantes, et surtout inattendues. De Gaulle Ă©chappe par miracle Ă  l’attentat, le soir du 22 aoĂ»t, au carrefour du Petit-Clamart, prĂšs de l’aĂ©roport militaire de Villacoublay. Sa DS 19 est criblĂ©e de 150 balles, et seul le sang-froid du chauffeur, accĂ©lĂ©rant malgrĂ© les pneus crevĂ©s, a sauvĂ© la vie au gĂ©nĂ©ral et Ă  Mme de Gaulle. CondamnĂ© Ă  mort par la Cour militaire de justice, le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, chef du commando et partisan de l’AlgĂ©rie française, est fusillĂ© le 11 mars 1963 – dernier cas en France. DĂšs le lendemain de l’attentat, de Gaulle profite de l’émotion des Français pour faire passer une rĂ©forme qui lui tient Ă  cƓur l’élection du prĂ©sident au suffrage universel. S’il devait mourir, cela donnerait plus de poids Ă  son successeur, et plus de lĂ©gitimitĂ©. Tous les partis sont contre, sauf le parti gaulliste UNR et une minoritĂ© d’indĂ©pendants Giscard d’Estaing en tĂȘte. Le seul prĂ©cĂ©dent historique est fĂącheux Louis-NapolĂ©on Bonaparte, Ă©lu du suffrage universel, transforma vite ce coup d’essai en coup d’État. De Gaulle annonce un rĂ©fĂ©rendum pour le 28 octobre. Pour nous, RĂ©publicains, la France est ici [dans l’hĂ©micycle] et non ailleurs. Penser autrement, ce serait douter de la RĂ©publique. »3011 Paul REYNAUD 1878-1966, AssemblĂ©e nationale, 4 octobre 1962. Notes et Ă©tudes documentaires, nos 4871 Ă  4873 1988, Documentation française La Ve RĂ©publique est un rĂ©gime dont le caractĂšre prĂ©sidentiel va se renforcer avec l’élection du prĂ©sident au suffrage universel. Un rĂ©fĂ©rendum doit dĂ©cider de cette modification constitutionnelle. Ce jour-lĂ , Paul Reynaud, opposĂ© Ă  ce projet, exprime pour la derniĂšre fois la vision ultra-reprĂ©sentative de la souverainetĂ© parlementaire, qui domina la IIIe et la IVe RĂ©publiques. La Constitution est violĂ©e. »3012 Gaston MONNERVILLE 1897-1991, prĂ©sident du SĂ©nat, 9 octobre 1962. Le Consensus Ă  la française 2002, Sylvie Guillaume Le deuxiĂšme personnage de l’État accuse le premier. Il y a un prĂ©texte de forme l’utilisation de l’article 11 au lieu de l’article 89 de la Constitution pour instituer l’élection du prĂ©sident de la RĂ©publique au suffrage universel. La vraie critique est de fond la rĂ©forme prive les sĂ©nateurs joints aux dĂ©putĂ©s de la prĂ©rogative d’élire le chef de l’État. Monnerville, homme d’ordinaire nuancĂ©, use de mots trĂšs durs, comme au CongrĂšs radical de Vichy fin septembre Violation dĂ©libĂ©rĂ©e, voulue, rĂ©flĂ©chie, outrageante de la Constitution [
] Arbitraire [
] Forfaiture du Premier ministre. » D’oĂč la rupture dĂ©finitive entre le SĂ©nat et le gĂ©nĂ©ral de Gaulle. Si votre rĂ©ponse est non », comme le voudraient tous les anciens partis afin de rĂ©tablir le rĂ©gime de malheur, ainsi que tous les factieux pour se lancer dans la subversion, de mĂȘme si la majoritĂ© des oui » est faible, mĂ©diocre et alĂ©atoire, il est bien Ă©vident que ma tĂąche sera terminĂ©e aussitĂŽt et sans retour. »3013 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours, 18 octobre 1962. De Gaulle 1964, François Mauriac C’en est fini du consensus existant depuis 1958. Il n’y a plus de guerre d’AlgĂ©rie pour souder la majoritĂ© parlementaire. Le cartel des Non » Ă  de Gaulle regroupe tous les vieux partis » et Ă  la fronde parlementaire s’ajoute l’hostilitĂ© ouverte des juristes. RĂ©sultat ? Le oui » au rĂ©fĂ©rendum pour l’élection du prĂ©sident de la RĂ©publique au suffrage universel reprĂ©sentera 62,25 % des suffrages exprimĂ©s. Vous avez scellĂ© la condamnation du rĂ©gime dĂ©sastreux des partis. »3014 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 7 novembre 1962. La Vie politique sous la Ve RĂ©publique 1981, Jacques Chapsal Le prĂ©sident prend acte du oui » et se satisfait d’un taux d’approbation plutĂŽt moyen Ă  son rĂ©fĂ©rendum. Sans faire de la politique-fiction, il serait sans doute trĂšs supĂ©rieur aujourd’hui, tant les Français se sont appropriĂ© cette Ă©lection de leur prĂ©sident au suffrage universel. La nation est maintenant en plein essor, les caisses remplies, le franc plus fort qu’il ne le fut jamais, la dĂ©colonisation achevĂ©e, le drame algĂ©rien terminĂ©, l’armĂ©e rentrĂ©e tout entiĂšre dans la discipline, le prestige français replacĂ© au plus haut dans l’univers, bref tout danger immĂ©diat Ă©cartĂ© et la situation de la France bien Ă©tablie au-dedans et au-dehors. » Dans l’élan, il annonce les prochaines Ă©lections des 18 et 25 novembre. C’est un triomphe 233 membres sur 482 siĂšges Ă  l’AssemblĂ©e pour l’UNR. Aucun parti en France n’a fait un tel score, depuis la LibĂ©ration. Entre les deux tours, de Gaulle dit en Conseil des ministres J’ai dĂ©clarĂ© la guerre aux partis. Je me garde bien de dĂ©clarer la guerre aux chefs des partis. Les partis sont irrĂ©cupĂ©rables. Mais les chefs de partis ne demandent qu’à ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©s
 Il leur suffit de rĂ©cupĂ©rer un portefeuille. » 6. Le prĂ©sident omniprĂ©sent affronte l’opposition de tous les partis Mitterrand en tĂȘte, l’approche de la prĂ©sidentielle stimulant le jeu mĂ©diatique et la combativitĂ© du chef de l’État. En rappelant ce que fut la personnalitĂ© de RenĂ© Coty, comment ne pas Ă©voquer cette pensĂ©e de La BruyĂšre La modestie est au mĂ©rite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau elles lui donnent force et relief. » »2886 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours aux obsĂšques de RenĂ© Coty, 27 novembre 1962. RenĂ© Coty tel qu’en lui-mĂȘme 1990, Francis de Baecque Son successeur Ă  la tĂȘte de l’État lui rend ainsi hommage. AndrĂ© Siegfried, dans Le Figaro du lendemain, Ă©crit Ă  son sujet Une absence totale de fanatisme, le respect de la position adverse, et tout au fond le sentiment que la vĂ©ritĂ© n’est peut-ĂȘtre pas tout entiĂšre du mĂȘme cĂŽtĂ©. » Le gĂ©nĂ©ral de Gaulle est-il donc si seul, si peu informĂ©, si mal conseillĂ© ? La Moselle n’est pas l’AlgĂ©rie, les mineurs ne sont pas l’OAS. »3015 Jean-Jacques SERVAN-SCHREIBER 1924-2006, L’Express, 7 mars 1963. Chronique des annĂ©es soixante 1990, Michel Winock L’Express, créé en 1953 par JJSS » 29 ans pour soutenir la candidature de MendĂšs France, et trĂšs politisĂ© durant toute la guerre d’AlgĂ©rie, est encore un hebdo rĂ©solument de gauche, partant pour toutes les croisades et fier de ses grandes signatures. Dans un climat de paix sociale relative deux fois moins de jours de grĂšve en 1958-1967 qu’en 1948-1957, Ă©clate le 1er mars 1963 la grĂšve totale des mineurs de Lorraine et du Nord - Pas-de-Calais. Le dĂ©cret de rĂ©quisition, signĂ© le 2 mars Ă  Colombey-les-Deux-Églises, n’arrange rien, au contraire. Les syndicats appellent Ă  une grĂšve gĂ©nĂ©rale d’un quart d’heure pour protester contre l’atteinte au droit de grĂšve. MĂȘme la presse de droite est critique, ainsi Jean Grandmougin dans L’Aurore On ne s’adresse pas Ă  des mineurs comme Ă  des enfants de troupe. » La cote de popularitĂ© du prĂ©sident tombe, les mineurs sont trĂšs populaires en France et leur grĂšve aussi, qui ne gĂȘne personne. Ils gagneront dĂ©but avril hausse de salaires, quatriĂšme semaine de congĂ©s payĂ©s. Mais le charbon perdra bientĂŽt la bataille de l’énergie, contre d’autres sources moins coĂ»teuses. Le JT n’est pas au gouvernement, mais au public. »3016 Alain PEYREFITTE 1925-1999, ministre de l’Information. Chronique des annĂ©es soixante 1990, Michel Winock Avril 1963 LĂ©on Zitrone et Georges de Caunes prĂ©sentent la nouvelle formule du Journal tĂ©lĂ©visĂ©. Mais la radio-tĂ©lĂ©vision d’État, c’est encore la voix de la France et les Français ne sont pas considĂ©rĂ©s en adultes. À l’époque, c’est la presse Ă©crite – une presse d’opinion – qui joue, fort bien, son rĂŽle d’opposition. VoilĂ  que se lĂšve, immense, bien nourrie, ignorante en histoire, opulente, rĂ©aliste, la cohorte dĂ©politisĂ©e et dĂ©dramatisĂ©e des Français de moins de vingt ans. »3017 François NOURISSIER 1927-2011, Les Nouvelles LittĂ©raires juin 1963. La Belle Histoire des groupes de rock français des annĂ©es 60 2001, Jean Chalvidant, HervĂ© Mouvet AprĂšs la nuit du 22 au 23 juin 1963, place de la Nation. 150 000 fans en dĂ©lire ont grimpĂ© aux marronniers et aux rĂ©verbĂšres pour acclamer leurs idoles Johnny, Sylvie, Richard Anthony et Cie. Quelle est cette jeunesse ? Le fruit du baby-boom. Des yĂ©-yĂ© mieux nourris que les zazous famĂ©liques d’aprĂšs-guerre. Ignorant si bien l’histoire que cette mĂȘme annĂ©e sort le film de Bertrand Blier Hitler, connais pas. Ils lisent Salut les copains SLC magazine nĂ© en juillet 1962 avec 50 000 exemplaires, atteignant le million un an aprĂšs, regardent Le Temps des copains un feuilleton tĂ©lĂ©, imposent leur mode, leurs goĂ»ts, leur style, leurs codes Ă  une France en paix, prospĂšre, bourgeoise. Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. »3018 Edgar FAURE 1908-1988, Ă  qui lui reprochait de souvent changer d’avis. Edgar Faure le virtuose de la politique 2006, Raymond Krakovitch RalliĂ© Ă  de Gaulle et trop heureux de retrouver des responsabilitĂ©s, il est officieusement chargĂ© de l’établissement des relations diplomatiques avec la Chine populaire en 1963 – mission rĂ©ussie. Elles prendront effet le 27 janvier 1964. Raymond Cartier saluera l’évĂ©nement L’initiative du gĂ©nĂ©ral de Gaulle s’intĂšgre dans un plan grandiose qu’il poursuit avec son goĂ»t du secret, son amour du risque, son sens des coups de théùtre et sa monumentale tĂ©nacitĂ©. C’est du rĂ©alignement du monde qu’il s’agit. » Edgar Faure se retrouvera ministre de l’Agriculture en 1966. C’est un trait de mon caractĂšre, que le goĂ»t des honneurs et l’attachement aux titres. » Cette passion pour le pouvoir, revendiquĂ©e pendant quarante ans, pousse le dĂ©putĂ© Ă  ĂȘtre plusieurs fois ministre et mĂȘme chef de gouvernement. Politiquement inclassable, sinon comme opportuniste, ses adversaires eux-mĂȘmes apprĂ©cient son humour et ses Ă©lĂšves de Sciences Po auront Ă  commenter un de ses aphorismes L’immobilisme est en marche et rien ne pourra l’arrĂȘter. » L’homme ne se prend pas au sĂ©rieux, mais jusqu’à sa mort, il prendra trĂšs au sĂ©rieux ses fonctions et ses missions. Qu’est-ce que le gaullisme depuis qu’issu de l’insurrection il s’est emparĂ© de la nation ? Un coup d’État de tous les jours. »3020 François MITTERRAND 1916-1996, Le Coup d’État permanent 1964 Pamphlet signĂ© d’un des leaders de la gauche socialiste, ministre du gouvernement MendĂšs France et fidĂšle opposant Ă  de Gaulle ayant votĂ© contre son investiture, le 1er juin 1958. C’est aussi un Ă©crivain plus qu’un orateur Le gaullisme vit sans loi, il avance au flair. D’un coup d’État Ă  l’autre, il prĂ©tend construire un État, ignorant qu’il n’a rĂ©ussi qu’à sacraliser l’aventure. » Le 24 avril 1964, dans un grand dĂ©bat institutionnel Ă  l’AssemblĂ©e, Mitterrand dĂ©clare que la responsabilitĂ© du gouvernement devant le Parlement Ă©tant vidĂ©e de substance, le rĂ©gime de la CinquiĂšme RĂ©publique est un rĂ©gime de pouvoir personnel. Pompidou, Premier ministre, lui rĂ©pond que l’opposition, en refusant de s’adapter aux institutions de la CinquiĂšme, n’a aucun avenir. Son temps venu, en 1981, l’inconditionnel adversaire du gĂ©nĂ©ral de Gaulle s’accommodera fort bien de cette Constitution Les institutions n’étaient pas faites Ă  mon intention. Mais elles sont bien faites pour moi. » La tĂ©lĂ©vision, c’est le gouvernement dans la salle Ă  manger de chaque Français. »2955 Alain PEYREFITTE 1925-1999. La TĂ©lĂ©vision et ses promesses 1960, AndrĂ© Brincourt Parole du ministre de l’Information ! AprĂšs un dĂ©bat parlementaire animĂ©, l’ORTF Office de radiodiffusion-tĂ©lĂ©vision française, Ă©tablissement public Ă  caractĂšre industriel et commercial Ă  vocation informative, culturelle et Ă©ducative », est créé par la loi du 27 juin 1964. C’est un mot qui date. On pourrait presque parler d’ Ancien rĂ©gime ». Les mass media, tĂ©lĂ© en tĂȘte, font pour le pire et le meilleur la rĂ©volution culturelle des temps modernes. La tĂ©lĂ©cratie », fait de sociĂ©tĂ© aussi indiscutable que discutĂ©, c’est d’abord le JT Journal tĂ©lĂ©visĂ© devenu grand-messe biquotidienne. C’est aussi 15 millions de spectateurs pour une piĂšce de théùtre le samedi soir, 4 milliards de spectateurs pour 475 films de cinĂ©ma diffusĂ©s en 1982. Et plus de temps passĂ© devant le petit Ă©cran qu’à l’école, par les enfants des annĂ©es 1980. Au XXIe siĂšcle, la multiplication des chaĂźnes rend l’offre plĂ©thorique, cependant que l’ordinateur et Internet changent la donne, en crĂ©ant une collection de micro-mĂ©dias et de rĂ©seaux Ă  la fois dĂ©centralisĂ©s et interconnectĂ©s. Un autre monde naĂźt ainsi. Je ne vais pas mal. Mais rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir. »3021 Charles de GAULLE 1890-1970, ConfĂ©rence de presse, 4 fĂ©vrier 1965. De Gaulle le souverain, 1959-1970 1986, Jean Lacouture Nul ne sait encore s’il sera candidat Ă  sa propre succession, Ă  la fin de l’annĂ©e. Cette Ă©chĂ©ance prĂ©sidentielle ravive l’intĂ©rĂȘt du public pour la politique et l’opposition s’oppose, comme le veut la dĂ©mocratie
 et le jeu des partis. Le temps des croisades est terminĂ©, celui de l’intelligence arrive. »3022 Jean-Jacques SERVAN-SCHREIBER 1924-2006, patron de L’Express, Ă©tĂ© 1964. L’Express 1994 1965, annĂ©e oĂč les hebdos font peau neuve. L’AlgĂ©rie avait monopolisĂ© les Ă©nergies et mobilisĂ© les esprits, donnĂ© matiĂšre aux journaux d’opinion et fait monter leurs tirages. JJSS, qui a créé L’Express en 1953 pour soutenir MendĂšs France, est le premier Ă  comprendre qu’il faut une certaine dĂ©politisation, un appui des annonceurs publicitaires, des photos, des infos, du beau papier, de la quadrichromie, bref, tout ce qui fait le succĂšs de Time, Newsweek ou Der Spiegel. L’hebdo de cet agitateur d’idĂ©es va gagner en grande diffusion, mais perdre en grandes signatures. Il se gĂ©nĂ©ralise de plus en plus, devenant le reflet des changements de la sociĂ©tĂ© française. Si grand que soit le verre que l’on nous tend du dehors, nous prĂ©fĂ©rons boire dans le nĂŽtre, tout en trinquant aux alentours. »3023 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 27 avril 1965. Le GĂ©nĂ©ral de Gaulle et la construction de l’Europe, 1940-1966 1967, Edmond Jouve Il fait le bilan de son action sur le thĂšme qui lui est cher, l’indĂ©pendance nationale Le fait capital de ces sept derniĂšres annĂ©es, c’est que nous avons rĂ©sistĂ© aux sirĂšnes de l’abandon et choisi l’indĂ©pendance. » En fĂ©vrier 1966, la France reste membre du Pacte atlantique, mais se retire du dispositif militaire intĂ©grĂ© OTAN. Qui a jamais cru que le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, Ă©tant appelĂ© Ă  la barre, devrait se contenter d’inaugurer les chrysanthĂšmes ? »3024 Charles de GAULLE 1890-1970, confĂ©rence de presse, 9 septembre 1965. De Gaulle ou l’éternel dĂ©fi 56 tĂ©moignages 1988, Jean Lacouture, Roland Mehl, Jean Labib Il rĂ©fute l’accusation de pouvoir personnel » le prĂ©sident de la RĂ©publique a seulement pris personnellement les dĂ©cisions qu’il lui incombait de prendre ». Sera-t-il candidat ? Il n’est pas encore entrĂ© en campagne, cependant qu’un fait constitutionnel change la vie politique en France l’élection du prĂ©sident aura lieu pour la premiĂšre fois au suffrage universel. Et l’inauguration des chrysanthĂšmes va devenir cĂ©lĂšbre. Le trĂšs sĂ©rieux Institut national de l’audiovisuel INA archive les petites phrases », de Gaulle figurant en bonne place dans la rubrique, avec ses rendez-vous mĂ©diatiques, entre improvisation et prĂ©paration. La confĂ©rence de presse du gĂ©nĂ©ral de Gaulle est une Ɠuvre d’art. L’orateur survole la planĂšte, rappelle le passĂ© et jette des rayons de lumiĂšre sur l’avenir. Il distribue blĂąmes ou Ă©loges aux uns et aux autres, il couvre de mĂ©pris ses adversaires et il ne dissimule pas la satisfaction que lui inspire la France qu’il façonne. »2978 Raymond ARON 1905-1983, Le Figaro, 25 janvier 1963. La Vie politique en France depuis 1940 1979, Jacques Chapsal, Alain Lancelot La confĂ©rence de presse, comme le bain de foule, est une institution du nouveau rĂ©gime. Cet exercice de haute voltige politico-historique » a fascinĂ© bien des tĂ©moins. Dont Jean Lacouture, un de ses biographes Toujours derriĂšre un pupitre, sur une chaire, pour nous enseigner sa leçon unique que, sans la France, le monde n’est pas digne de vivre. Que, sans de Gaulle, la France n’est pas apte Ă  survivre. » Contre le rĂ©gime du pouvoir personnel, il faut recrĂ©er la rĂ©publique des citoyens. »3025 François MITTERRAND 1916-1996, ConfĂ©rence de presse, 21 septembre 1965. L’AnnĂ©e politique, Ă©conomique et sociale en France 1966 Le leader socialiste fait campagne pour l’élection prĂ©sidentielle, fixĂ©e aux 5 et 19 dĂ©cembre 1965. Il va ĂȘtre candidat d’une union de la gauche qui ne dit pas encore son nom. Moi ou le chaos. »3026 Charles de GAULLE 1890-1970, rĂ©sumĂ© lapidaire de la dĂ©claration du 4 novembre 1965. Histoire de la France au XXe siĂšcle 1958-1974 1999, Serge Berstein, Pierre Milza Le prĂ©sident annonce enfin sa candidature, disant qu’en cas d’échec personne ne peut douter que [la rĂ©publique nouvelle] s’écroulera aussitĂŽt et que la France devra subir, cette fois sans recours possible, une confusion de l’État plus dĂ©sastreuse encore que celle qu’elle connut autrefois ». On reprochera au fondateur du rĂ©gime de croire si peu Ă  sa construction qu’elle tienne Ă  ce point Ă  un homme ! L’Express, contre de Gaulle candidat, titre De Gaulle Ă  vie ? » De Gaulle, sĂ»r de son succĂšs, ne se donne mĂȘme pas la peine de courtiser la France, dĂ©daignant son temps de parole Ă  la radio et Ă  la tĂ©lĂ©vision, ne croyant pas les deux grands instituts de sondage IFOP et Sofres qui assurent que rien n’est gagnĂ© pour lui. Le suspense est Ă  son comble – on doit Ă  de Gaulle ce fait constitutionnel qui a changĂ© la vie politique en France l’élection du prĂ©sident au suffrage universel. Le Centre existe. »3027 Jean LECANUET 1920-1993, au premier tour des prĂ©sidentielles, 5 dĂ©cembre 1965. La MĂȘlĂ©e prĂ©sidentielle 2007, Michel Winock Divine surprise mĂȘme sans le populaire Antoine Pinay, le centre, avec ce nouveau leader, obtient prĂšs de 16 % des voix. Mitterrand qui rassemble les gauches fait 32 %. Trois autres candidats ont dispersĂ© les voix de droite Jean-Louis Tixier-Vignancour extrĂȘme droite, Pierre Marcilhacy centre-droit, Marcel Barbu sans Ă©tiquette. Et le prĂ©sident sortant est en ballottage moins de 45 % des suffrages. Furieux, de Gaulle songe Ă  se retirer, abandonner la France et les Français. Ses ministres le supplient de continuer le combat. Le rĂ©gime des partis, c’est la pagaille. »2842 Charles de GAULLE 1890-1970, entretien tĂ©lĂ©visĂ© avec Michel Droit, 15 dĂ©cembre 1965. Discours et messages pour l’effort, aoĂ»t 1962-dĂ©cembre 1965 1970, Charles de Gaulle Constat souvent rĂ©pĂ©tĂ©. La QuatriĂšme RĂ©publique pĂ©chait comme la TroisiĂšme par ses partis trop puissants, ou plutĂŽt impuissants, archaĂŻques, aboutissant Ă  un rĂ©gime d’assemblĂ©e tyrannique. Mais il n’y a pas de dĂ©mocratie sans pluralitĂ© des partis. La pagaille » venait surtout du fait que le gouvernement, piĂ©gĂ© entre les oppositions gaulliste et communiste, tentait de s’appuyer sur une troisiĂšme force » centriste MRP, socialistes SFIO. De Gaulle, rappelĂ© au pouvoir, dressera ce bilan en juin 1958. Le rĂ©gime des partis [
] se montrait hors d’état d’assurer la conduite des affaires. Non point par incapacitĂ© ni par indignitĂ© des hommes. Ceux qui ont participĂ© au pouvoir sous la QuatriĂšme RĂ©publique Ă©taient des gens de valeur, d’honnĂȘtetĂ©, de patriotisme. » Le fait que les partisans de droite et les partisans de gauche dĂ©clarent que j’appartiens Ă  l’autre cĂŽtĂ© prouve [
] que je ne suis pas d’un cĂŽtĂ©, je ne suis pas de l’autre, je suis pour la France. »2973 Charles de GAULLE 1890-1970, Interview radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 15 dĂ©cembre 1965. De Gaulle vous parle 1967, Charles de Gaulle Incarner la France, l’assumer, s’identifier Ă  elle, c’est aussi pour le gĂ©nĂ©ral de Gaulle une façon de s’opposer aux partis qu’il mĂ©prise. Il n’est pas centriste, il n’est pas Ă  cĂŽtĂ© des partis, il est au-dessus. Il n’y a pas de textes constitutionnels [
] qui puissent faire qu’en France un chef de l’État en soit vĂ©ritablement un s’il procĂšde, non point de la confiance profonde de la nation, mais d’un arrangement momentanĂ© entre professionnels de l’astuce. »3028 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 17 dĂ©cembre 1965. De Gaulle parle, 1962-1966 1966, Charles de Gaulle, AndrĂ© Passeron Entre les deux tours, de Gaulle se lance la phrase est doublement assassine, visant Ă  la fois son adversaire François Mitterrand et le rĂ©gime des partis qu’il incarne. OĂč est le choix ? À travers deux hommes, il est entre deux rĂ©gimes bien connus, c’est-Ă -dire entre deux expĂ©riences que la nation a faites successivement et entre deux avenirs opposĂ©s Ă  tous les Ă©gards. » Notre pays a confirmĂ© en ma personne la RĂ©publique nouvelle et approuvĂ© la politique qui est la mienne. »3029 Charles de GAULLE 1890-1970, PremiĂšre confĂ©rence de presse de son nouveau mandat, 21 fĂ©vrier 1966. Discours et messages, volume V 1970, Charles de Gaulle Victoire Ă©lectorale, mais faible, eu Ă©gard aux prĂ©cĂ©dentes consultations et au personnage 54,5 % des voix au second tour. Le sauveur est dĂ©sacralisĂ©, le mythe gaulliste n’éveille plus chez les jeunes l’enthousiasme de leurs aĂźnĂ©s, l’État semble stagnant et vieillot. Pourtant, Pompidou reste Premier ministre. Quelques nouveaux anciens » apparaissent dans son troisiĂšme gouvernement Edgar Faure Agriculture, Michel DebrĂ© Économie et Finances, Jean-Marcel Jeanneney Affaires sociales. À signaler le dĂ©part de Giscard d’Estaing Ă©cartĂ© des Finances, il a refusĂ© l’Équipement. Il n’est plus ministre, il n’est plus dĂ©putĂ© et c’est le moment oĂč, en quarante-cinq minutes de tĂ©lĂ©vision, M. ValĂ©ry Giscard d’Estaing a pris soudain la physionomie d’un homme politique [
] Nous avons assistĂ© mardi soir Ă  la naissance d’un dauphin. »3030 Françoise GIROUD 1916-2003, Naissance d’un dauphin », L’Express, 21 fĂ©vrier 1966 SĂ©duite, Ă  la suite de l’émission tĂ©lĂ©visĂ©e Face Ă  face » entre Giscard d’Estaing et quatre journalistes, la journaliste en tire une conclusion prophĂ©tique. Ces annĂ©es de Gaulle sont aussi les annĂ©es mĂ©dias » la tĂ©lĂ© fait et dĂ©fait les destins politiques. Autant qu’à l’école, les masses ont droit au théùtre, au musĂ©e. Il faut faire pour la culture ce que Jules Ferry faisait pour l’instruction. »3031 AndrĂ© MALRAUX 1901-1976, Discours Ă  l’AssemblĂ©e nationale, 27 octobre 1966. AndrĂ© Malraux, une vie dans le siĂšcle 1973, Jean Lacouture De Gaulle a créé le ministĂšre de la Culture pour Malraux. Leur dialogue au sommet, que seule la mort interrompra, est l’une des rencontres du siĂšcle, saluĂ©e par François Mauriac Ce qu’ils ont en commun, c’est ce qu’il faut de folie Ă  l’accomplissement d’un grand destin, et ce qu’il y faut en mĂȘme temps de soumission au rĂ©el. » Ministre des Affaires culturelles de 1958 Ă  1968, chaque automne, lors de la discussion du budget, Malraux enchante dĂ©putĂ©s et sĂ©nateurs par des interventions communĂ©ment qualifiĂ©es d’éblouissantes sur les crĂ©dits de son dĂ©partement – en fait notoirement insuffisants au regard des ambitions proclamĂ©es. Il faudra l’arrivĂ©e de la gauche au pouvoir 1981 pour que ce ministĂšre frĂŽle le 1 % du budget de l’État. Malraux dĂ©finit ici la mission des maisons de la Culture implantĂ©es dans les villes moyennes, lieux de rencontre, de crĂ©ation, de vie, chargĂ©es de donner Ă  chacun les clĂ©s du trĂ©sor ». Ce rĂȘve de dĂ©mocratie culturelle est toujours actuel, Ă  la fois vital et irrĂ©alisable. Les peuples sont en train de demander la culture, alors qu’ils ne savent pas ce que c’est. »2959 AndrĂ© MALRAUX 1901-1976, ministre de la Culture, AssemblĂ©e nationale, 27 octobre 1966. La Culture et le rossignol 1970, Marie-Claire Gousseau PrĂ©sentant son budget, il note ce fait extrĂȘmement mystĂ©rieux [qui] se produit aujourd’hui dans le monde entier ». Mais les crĂ©dits restent dĂ©risoires face aux ambitions d’une culture de masse digne de ce nom. Comme le dira Jacques Duhamel passant du ministĂšre de l’Agriculture Ă  celui de la Culture Ce sont les mĂȘmes chiffres, mais les uns sont libellĂ©s en nouveaux francs, alors que les autres le sont en anciens francs » - autrement dit, cent fois infĂ©rieurs. La politique de la France ne se fait pas Ă  la corbeille. »3032 Charles de GAULLE 1890-1970, confĂ©rence de presse, 28 octobre 1966. Histoire de la France au XXe siĂšcle 1958-1974 1999, Serge Berstein, Pierre Milza RĂ©ponse un peu courte Ă  la question Monsieur le prĂ©sident, Ă  quoi attribuez-vous la baisse de la Bourse, alors qu’on dit que l’économie va bien ? — Je dirai un mot de la Bourse, puisque vous m’en parlez. En 1962, elle Ă©tait exagĂ©rĂ©ment bonne, en 1966, elle est exagĂ©rĂ©ment mauvaise. Monsieur, vous savez, la politique de la France ne se fait pas Ă  la corbeille. » La France, reconstruite aprĂšs la guerre et devenue sociĂ©tĂ© de consommation, vit en effet et sans complexe le miracle Ă©conomique des Vingt Glorieuses expression plus juste que les Trente Glorieuses. Ce qu’on appellera aussi la plus grande Ă©popĂ©e pacifique de la France de 1954 Ă  1974, trĂšs prĂ©cisĂ©ment entre la fin de la reconstruction et le dĂ©but de la crise pĂ©troliĂšre, le pouvoir d’achat des Français est multipliĂ© par 2, la richesse nationale PIB, produit intĂ©rieur brut par 3. Dans le mĂȘme esprit, mais en d’autres circonstances et sur un autre ton, Édith Cresson, premiĂšre femme Premier ministre de Mitterrand dira en 1991 La Bourse, j’en ai rien Ă  cirer. » L’intendance suivra. »2942 AttribuĂ© Ă  Charles de GAULLE 1890-1970, qui niera l’avoir dit MĂȘme apocryphe et non sourcĂ©e », cette expression militaire souligne que la politique intĂ©rieure devait ĂȘtre, dans la vision du gĂ©nĂ©ral, au service de la politique extĂ©rieure. MalgrĂ© tout, l’ intendance » l’économique est une condition de la grandeur française. Il lui arrivera d’ailleurs de le reconnaĂźtre C’est l’économie qui me paraĂźt l’emporter sur tout le reste, parce qu’elle est la condition de tout et en particulier la condition du progrĂšs social » 13 dĂ©cembre 1965. “Oui” Ă  la majoritĂ©, “mais” avec la ferme volontĂ© de peser sur ses orientations. »3033 ValĂ©ry GISCARD D’ESTAING 1926-2020, confĂ©rence de presse, 10 janvier 1967. Chronique des annĂ©es soixante 1990, Michel Winock Le fameux Oui, mais
 » prĂ©cise le rĂŽle des rĂ©publicains indĂ©pendants 35 dĂ©putĂ©s au sein de la majoritĂ©, Ă  l’occasion des Ă©lections lĂ©gislatives de mars 1967. Notre mais n’est pas une contradiction, mais une addition [
] dans trois directions celle d’un fonctionnement plus libĂ©ral des institutions, celle de la mise en Ɠuvre d’une vĂ©ritable politique Ă©conomique et sociale moderne, celle de la construction de l’Europe. » On ne gouverne pas avec des mais ». »3034 Charles de GAULLE 1890-1970, Riposte Ă  ValĂ©ry Giscard d’Estaing, Conseil des ministres, 11 janvier 1967. Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques, n° 170 1971 La majoritĂ© sortante sera reconduite Ă  l’AssemblĂ©e, mais d’extrĂȘme justesse, grĂące aux voix d’outre-mer. Pompidou reste Premier ministre. Et le gouvernement va gouverner sans mais », sans dĂ©bats parlementaires, par ordonnances en matiĂšre Ă©conomique et sociale crĂ©ation de l’ANPE, intĂ©ressement des travailleurs, rĂ©forme de la SĂ©curitĂ© sociale. Les motions de censure dĂ©posĂ©es n’y peuvent rien, la majoritĂ© est soudĂ©e, mĂȘme si Giscard d’Estaing dĂ©nonce l’exercice solitaire du pouvoir » et critique son successeur aux Finances, Michel DebrĂ©. Le prĂ©sident de la RĂ©publique est atteint d’une hypertrophie maladive du moi ; ses intuitions politiques, souvent justes Ă  l’origine, apparaissent vite dĂ©naturĂ©es par une large surestimation du rĂŽle et des possibilitĂ©s de la France. »2975 Hubert BEUVE-MÉRY alias SIRIUS 1902-1989, Le Monde, 1er aoĂ»t 1967. Onze ans de rĂšgne 1958-1969 1974, Hubert Beuve-MĂ©ry Critique habituelle chez les adversaires de De Gaulle, y compris Ă  l’étranger oĂč sa forte personnalitĂ© servait dans le mĂȘme temps le prestige de la France. Le 10 aoĂ»t 1967, il semble rĂ©pondre au fondateur du Monde dans une allocution tĂ©lĂ©visĂ©e Il va de soi que notre action d’ensemble est rĂ©prouvĂ©e par ce qu’il faut bien appeler l’école du renoncement national. Étrange passion de l’abaissement ! » Tant qu’il y aura des dictatures, je n’aurai pas le cƓur Ă  critiquer une dĂ©mocratie. »3035 Jean ROSTAND 1894-1977, InquiĂ©tudes d’un biologiste 1967 Au-delĂ  de dĂ©bats politiques et constitutionnels plus ou moins partisans, un grand savant sait replacer nos querelles franco-françaises Ă  leur niveau. Vive MontrĂ©al ! Vive le QuĂ©bec ! Vive le QuĂ©bec libre ! »3036 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours de MontrĂ©al, 25 juillet 1967. De Gaulle, volume III 1986, Jean Lacouture L’orateur enchaĂźne et termine par Vive le Canada français et vive la France ! » Le monde entier est Ă©bahi. Et Pompidou, Premier ministre, dira du discours Celui-lĂ , il ne me l’avait pas montrĂ© ! » De Gaulle rĂ©pondra, pour se justifier Il fallait bien que je parle aux Français du Canada. Nos rois les avaient abandonnĂ©s » – allusion Ă  cette Nouvelle-France dĂ©couverte sous François Ier, colonisĂ©e depuis Henri IV, avant que Louis XV ne cĂšde les quelques arpents de neige » du Canada Ă  l’Angleterre en 1763. Hasard ? Jacques Cartier prend possession du Canada, au nom du roi de France, un 24 juillet 1534. Il n’empĂȘche, cette harangue dĂ©clenche une crise entre le Canada et la France, qui semble soutenir les indĂ©pendantistes quĂ©bĂ©cois. Les Juifs [
] Ă©taient restĂ©s ce qu’ils avaient Ă©tĂ© de tout temps, c’est-Ă -dire un peuple d’élite, sĂ»r de lui-mĂȘme et dominateur. »3037 Charles de GAULLE 1890-1970, confĂ©rence de presse, 27 novembre 1967. De Gaulle, volume III 1986, Jean Lacouture La guerre des Six Jours a commencĂ© le 5 juin 1967 attaque des IsraĂ©liens, fulgurante ; dĂ©faite des Arabes, humiliante. L’opinion publique est divisĂ©e en France, au-delĂ  des traditionnels clivages gauche-droite. La majoritĂ© gaulliste renĂącle. Tandis que les intellectuels de gauche sont crucifiĂ©s militants de la cause arabe et de l’anticolonialisme, ils ne peuvent trahir la solidaritĂ© sacrĂ©e avec le peuple juif victime du gĂ©nocide et avec le petit État d’IsraĂ«l. En prĂ©face au numĂ©ro spĂ©cial des Temps modernes prĂ©parĂ© sur le conflit israĂ©lo-arabe depuis plus d’un an et qui sort en juillet 1967, Jean-Paul Sartre, qui est encore le maĂźtre Ă  penser d’une gĂ©nĂ©ration et prend position tranchĂ©e sur presque tout, avoue DĂ©chirĂ©s, nous n’osons rien faire et rien dire. » L’annĂ©e 1968, je la salue avec sĂ©rĂ©nitĂ©. »3038 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 31 dĂ©cembre 1967. AnnĂ©e politique 1968 Les vƓux de l’ÉlysĂ©e sont de tradition, en fin d’annĂ©e. Mais l’annĂ©e 1968 va vĂ©ritablement Ă©branler le rĂ©gime gaulliste, et la sociĂ©tĂ© française. 7. Mai 68, dernier combat du gĂ©nĂ©ral vieillissant contre la jeunesse rĂ©voltĂ©e, menĂ© avec l’aide du Premier ministre Pompidou et finalement gagnĂ© aux Ă©lections de juin. La rĂ©crĂ©ation est finie. »3056 Charles de GAULLE 1890-1970, Orly, samedi 18 mai 1968. Mai 68 et la question de la rĂ©volution 1988, Pierre Hempel DĂ©barquant d’avion, de retour de Roumanie avec 12 heures d’avance. Évidemment au courant des Ă©vĂ©nements, mais n’ayant pas jugĂ© bon de changer ses dĂ©placements diplomatiques, le prĂ©sident ajoute Ces jeunes gens sont pleins de vitalitĂ©. Envoyez-les donc construire des routes. » L’humour passera ou pas, mais jamais de langue de bois chez de Gaulle ! La rĂ©forme, oui, la chienlit, non. »3057 Charles de GAULLE 1890-1970, Bureau de l’ÉlysĂ©e, dimanche matin, 19 mai 1968. Le Printemps des enragĂ©s 1968, Christian CharriĂšre Formule rapportĂ©e par Georges Gorse, ministre de l’Information, et confirmĂ©e par Georges Pompidou, Premier ministre. Le prĂ©sident rĂ©unit les responsables de l’ordre qui n’existe plus, demande le nettoyage immĂ©diat de la Sorbonne et de l’OdĂ©on occupĂ©s par les rĂ©volutionnaires de Mai. Cela risque de dĂ©clencher un engrenage de violences et ses interlocuteurs obtiennent un sursis d’exĂ©cution. Il faut Ă©viter l’irrĂ©parable. La chienlit, c’est Slogan sous une marionnette en habit de gĂ©nĂ©ral aux Beaux-Arts, 20 mai 1968 Le mot a fuitĂ©, aussitĂŽt repris, affiche Ă  l’appui avec un de Gaulle facile Ă  caricaturer par les Ă©tudiants des Beaux-Arts. Mais la chienlit, ce sont surtout les 6 Ă  10 millions de grĂ©vistes ! Et tout ce qui s’ensuit, depuis trois semaines usines occupĂ©es, essence rationnĂ©e, centres postaux bloquĂ©s, banques fermĂ©es. Les mĂ©nagĂšres stockent. Les cafĂ©s sont pleins. La parole se dĂ©chaĂźne jusque dans les Ă©glises. La moindre petite ville a son mini-OdĂ©on et sa micro-Sorbonne. Sans parler des combats de rue et des barricades Ă  Paris. Ce qui me semble le plus important, c’est qu’actuellement les fils de la bourgeoisie s’unissent aux ouvriers dans un esprit rĂ©volutionnaire. »3059 Jean-Paul SARTRE 1905-1980, Sorbonne, 20 mai 1968. Le PiĂ©ton de mai 1968, Jean Claude Kerbourc’h Prestigieux invitĂ©s Ă  l’affiche de ce jour Pierre Bourdieu sociologue, Marguerite Duras romanciĂšre, Max-Pol Fouchet auteur tout terrain, surtout connu comme homme de radio et de tĂ©lĂ©vision. Sartre la vedette bouscule et charme son public, tellement Ă  l’aise dans ce grand spectacle populaire. Ce n’est pas une rĂ©volution, sire, c’est une Slogan sur les murs de Nanterre, mai 1968 Cohn-Bendit, Dany le Rouge, l’ anarchiste allemand », l’ enragĂ© de Nanterre » oĂč tout a commencĂ© avec le Mouvement du 22 mars, sait ĂȘtre Ă©tonnamment lucide et raisonnable Ă  23 ans, quand il affirme le 20 mai Je ne crois pas que la rĂ©volution soit possible du jour au lendemain. Je crois que nous allons plutĂŽt vers un changement perpĂ©tuel de la sociĂ©tĂ©, provoquĂ© Ă  chaque Ă©tape par des actions rĂ©volutionnaires [
] Au mieux, on peut espĂ©rer faire tomber le gouvernement. Mais il ne faut pas songer Ă  faire Ă©clater la sociĂ©tĂ© bourgeoise. » La suite de l’histoire montre Ă  quel point le personnage est nĂ© pour la politique. AprĂšs les Ă©vĂ©nements que nous venons de vivre, nous sommes entrĂ©s dans la pĂ©riode du post-gaullisme et ce, dans de mauvaises conditions. »3061 Gaston DEFFERRE 1910-1986, AssemblĂ©e nationale, 22 mai 1968. Mai 68 et ses suites lĂ©gislatives immĂ©diates [en ligne], AssemblĂ©e nationale DĂ©putĂ©-maire de Marseille, grand rĂ©sistant, mais opposant socialiste Ă  de Gaulle, il s’adresse Ă  Pompidou, Premier ministre Quelle que soit l’issue du scrutin et mĂȘme si la censure n’est pas votĂ©e, vous sortirez diminuĂ© de cette Ă©preuve. » Motion de censure dĂ©posĂ©e par l’opposition, rejetĂ©e. Quant Ă  la prĂ©diction, elle est Ă  la fois fausse et vraie. La Ve au clou, la Ve c’est nous !Ouvriers, paysans, Ă©tudiants, tous Slogans lors de la manifestation du 24 mai 1968 Le 24 mai, la manifestation prĂ©vue prend un tour imprĂ©vu. MalgrĂ© l’hostilitĂ© de la CGT, des ouvriers se sont joints aux Ă©tudiants et scandent en chƓur trahison – ni Mitterrand, ni de Gaulle – les usines aux travailleurs. Et en faveur de Cohn-Bendit Les frontiĂšres, on s’en fout, rĂ©pĂ©tant le slogan Nous sommes tous des juifs allemands. J’entreprendrai [
] de faire changer, partout oĂč il le faut, des structures Ă©troites et pĂ©rimĂ©es, et ouvrir plus largement la route au sang nouveau de la France. »3066 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, vendredi 24 mai 1968. Discours et messages vers le terme, janvier 1966-avril 1969 1970, Charles de Gaulle Le prĂ©sident annonce un rĂ©fĂ©rendum sur la participation. Ce jour-lĂ , le message ne passe pas affirmer des principes vagues pour demander, au bout de dix ans, qu’on continue Ă  lui faire confiance, c’était selon ses propres termes plus tard mettre Ă  cĂŽtĂ© de la plaque » ! MendĂšs France rĂ©pond Un plĂ©biscite, cela ne se discute pas, cela se combat. » La violence va se dĂ©chaĂźner le soir mĂȘme. Je demande Ă  Paris de vomir cette pĂšgre qui la dĂ©shonore [
] pĂšgre qui sort des bas-fonds de Paris et qui est vĂ©ritablement enragĂ©e, dissimulĂ©e derriĂšre les Ă©tudiants. »3067 Christian FOUCHET 1911-1974, ministre de l’IntĂ©rieur, DĂ©claration aux journalistes, Ă  l’aube du 25 mai 1968. Le Printemps des enragĂ©s 1968, Christian CharriĂšre Paris vit une nouvelle nuit d’émeutes des mouvements extrĂ©mistes et anarchistes sont rejoints par les bandes de loubards » de la banlieue. Chaque groupe, lancĂ© Ă  travers la capitale, improvise sa manif et se demande quel symbole de la sociĂ©tĂ© il faut d’abord dĂ©truire. La Bourse brĂ»le. La police est tenue en Ă©chec au Quartier latin jusqu’à 5 heures. Dans la matinĂ©e du 25 mai, le Premier ministre Pompidou Ă©voque une tentative Ă©vidente de dĂ©clencher la guerre civile. » L’opinion avait cessĂ© de rire, d’applaudir le dĂ©sordre ; elle commençait Ă  avoir peur. »3068 Édouard BALLADUR nĂ© en 1929, L’Arbre de mai 1979 On peut dater cette peur du 25 mai. AprĂšs la nuit d’émeute en divers quartiers de Paris, le prĂ©fet de police Grimaud fait cette analyse dans son livre tĂ©moignage, En mai, fais ce qu’il te plaĂźt Du cĂŽtĂ© des manifestants, ce ne sont plus les Ă©tudiants exaltĂ©s du 10 mai qui voulaient mourir sur les barricades » et libĂ©rer la Sorbonne de l’occupation policiĂšre, mais de petites troupes de guĂ©rilleros, trĂšs mobiles, trĂšs dĂ©cidĂ©es, rompues au harcĂšlement des forces de l’ordre, Ă  l’édification rapide d’obstacles, de barricades [
] On a l’impression que tout est en place pour des Ă©meutes insurrectionnelles, si seulement l’occasion surgit qui permette d’entraĂźner la masse Ă©tudiante et, on l’espĂšre toujours, les ouvriers. Ce style nouveau est le fait des mouvements extrĂ©mistes et anarchistes et, depuis quelques jours, s’y sont jointes les bandes de loubards » de la banlieue. » La situation oĂč nous sommes est rĂ©volutionnaire, tout est possible. »3070 AndrĂ© BARJONET 1921-2005, Stade CharlĂ©ty, 27 mai 1968. Mai 68 histoire des Ă©vĂ©nements 1998, Laurent Joffrin La crise, d’abord universitaire, puis sociale, devient politique. Le matin, ce syndicaliste communiste a solennellement quittĂ© d’importantes fonctions Ă  la CGT et adhĂ©rĂ© au PSU. La base a refusĂ© les accords de Grenelle entre gouvernement, patronat et CGT. Des syndicalistes scandent contre le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CGT SĂ©guy, dĂ©mission ! » 300 000 manifestants manifestent, un seul est silencieux MendĂšs France qui a refusĂ© la tribune offerte. En France, depuis le 3 mai 1968, il n’y a plus d’État et ce qui en tient lieu ne dispose mĂȘme pas des apparences du pouvoir [
] Il convient dĂšs maintenant de constater la vacance du pouvoir et d’organiser la succession. »3071 François MITTERRAND 1916-1996, ConfĂ©rence de presse, mardi 28 mai 1968. Vie politique sous la CinquiĂšme RĂ©publique 1981, Jacques Chapsal C’est l’évĂ©nement du jour. Le leader de la gauche qui n’est ni gauchiste ni communiste a pris rendez-vous avec 500 journalistes Ă  11 heures, au salon de l’hĂŽtel Intercontinental. Il envisage un gouvernement provisoire de gestion, une Ă©lection en juillet du prĂ©sident de la RĂ©publique, un renouvellement de l’AssemblĂ©e nationale en octobre. » Bref, un pouvoir de rechange. Depuis quelque chose comme trente ans que j’ai affaire Ă  l’histoire, il m’est arrivĂ© quelquefois de me demander si je ne devais pas la quitter. »3072 Charles de GAULLE 1890-1970. De Gaulle, 1958-1969 1972, AndrĂ© Passeron Folle journĂ©e du 29 mai 1968 le gĂ©nĂ©ral a disparu ! Conseil des ministres de 10 heures dĂ©commandĂ© Ă  la derniĂšre minute. Pompidou n’est au courant de rien. De Gaulle a quittĂ© l’ÉlysĂ©e, mais il n’est pas Ă  Colombey Oui ! le 29 mai, j’ai eu la tentation de me retirer. Et puis, en mĂȘme temps, j’ai pensĂ© que, si je partais, la subversion menaçante allait dĂ©ferler et emporter la RĂ©publique. Alors, une fois de plus, je me suis rĂ©solu » Entretien tĂ©lĂ©visĂ© avec Michel Droit, 7 juin. Une dĂ©pression » ? une pause » Ă  Baden ? une manƓuvre » difficile Ă  comprendre ? un chef-d’Ɠuvre tactique » ? Qui, tĂ©moin, chroniqueur, analyste, partisan ou adversaire, peut dire le dernier mot sur cet Ă©trange dĂ©tour vers la ForĂȘt-Noire ? »3073 Jean LACOUTURE nĂ© en 1921, De Gaulle, volume III. Le souverain 1986 On l’a su plus tard, le prĂ©sident est allĂ© voir le gĂ©nĂ©ral Massu en Allemagne. Oui, mais pourquoi ? Dans sa biographie sur de Gaulle, Jean Lacouture confronte les interprĂ©tations qui opposent deux Ă©coles celle du dĂ©sarroi et celle de la tactique, pour conclure que le mystĂšre demeure. Je ne me retirerai pas [
] Je ne changerai pas le Premier ministre, dont la valeur, la soliditĂ©, la capacitĂ© mĂ©ritent l’hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui paraĂźtront utiles dans la composition du gouvernement. Je dissous aujourd’hui l’AssemblĂ©e nationale. »3074 Charles de GAULLE 1890-1970, Discours radiodiffusĂ©, jeudi 30 mai 1968, 16 h 30. AnnĂ©e politique 1969 Le transistor est toujours le cordon ombilical qui relie la France Ă  sa rĂ©volution » Danielle Heymann. De Gaulle ajoute que partout et tout de suite, il faut que s’organise l’action civique ». Mitterrand, c’est ratĂ© ! Les cocos, chez Mao ! Le Rouquin, Ă  PĂ©kin ! Giscard, avec nous ! De Gaulle n’est pas seul ! »3075 Cris scandĂ©s par la foule sur les Champs-ÉlysĂ©es, 30 mai 1968. L’Express, Mai 68, les archives secrĂštes de la police », 19 mars 1998 Ils sont donc 300 000 ou 400 000 Ă  rĂ©pondre Ă  l’appel du gĂ©nĂ©ral, dans une solidaritĂ© populaire presque spontanĂ©e. En fait, la manifestation Ă©tait prĂ©parĂ©e, mais le succĂšs est inespĂ©rĂ© ce ne sont pas seulement les anciens combattants et les bourgeois du XVIe qui dĂ©filent, on voit beaucoup de jeunes et des gens modestes. En tĂȘte du cortĂšge, Malraux, Mauriac, diverses personnalitĂ©s, et DebrĂ© le gaulliste de la premiĂšre heure peut clamer De Gaulle n’est pas seul. » Le 30 mai, en l’espace de cinq minutes que dura l’allocution du gĂ©nĂ©ral, la France changea de maĂźtre, de rĂ©gime et de siĂšcle. Avant 16 h 30, on Ă©tait Ă  Cuba. AprĂšs 16 h 35, c’était presque la Restauration. »3076 Jean LACOUTURE nĂ© en 1921, De Gaulle, volume III. Le souverain 1986 Le biographe exprime le ressaisissement du pouvoir, le revirement de l’opinion, l’incroyable rapiditĂ© du retour Ă  l’ordre des choses. Jusqu’à la fin, Mai 68 sera le plus surprenant des happenings. Voici qu’à l’avant-veille de la PentecĂŽte, un bruit devenu vite tapage, puis clameur, retentit d’un bout Ă  l’autre du pays l’essence est revenue. La rĂ©volution est finie ; les grĂšves vont cesser ; le temps est doux ; la mer, la campagne, la montagne nous appellent pour le long week-end [
] C’est la dĂ©mobilisation gĂ©nĂ©rale. »3077 Pierre VIANSSON-PONTÉ 1920-1979, Histoire de la RĂ©publique gaullienne, II 1971 Le travail reprend progressivement, aprĂšs les fĂȘtes de la PentecĂŽte. Le gouvernement Pompidou est remaniĂ© pour Ă©carter momentanĂ©ment les ministres trop exposĂ©s dans les Ă©vĂ©nements Éducation nationale, Jeunesse, Information, IntĂ©rieur, Affaires sociales. Et on prĂ©pare les Ă©lections. Élections, Ă  Slogans des gauchistes, juin 1968 Les deux slogans resserviront, comme beaucoup de mots nĂ©s de Mai 68. Pour plus d’un jeune rĂ©voltĂ© des barricades, il y aura du dĂ©senchantement, sinon du dĂ©sespoir, Ă  voir sa » rĂ©volution se coucher dans les draps anonymes du suffrage universel. »3079 Claude IMBERT 1929-2016, L’Express, juin 1968. L’Express, L’Aventure du vrai 1979, prĂ©face de Jean François Revel Les Ă©lections des 23 et 30 juin 1968 donnent 293 siĂšges sur 487 Ă  l’UDR Union pour la dĂ©fense de la RĂ©publique, c’est-Ă -dire la majoritĂ© gouvernementale majoritĂ© absolue, triomphe du pouvoir. De Gaulle parle des Ă©lections de la trouille ». Et Viansson-PontĂ© Le Monde du groupe le plus nombreux qui ait jamais forcĂ© la porte d’une AssemblĂ©e française ». En mai dernier, on a pris la parole comme on a pris la Bastille en 1789. »3080 Michel de CERTEAU 1925-1986, Pour une nouvelle culture prendre la parole », Études, juin-juillet 1968 La fĂȘte est finie. Les exĂ©gĂšses ne font que commencer. Une chose est sĂ»re tout le monde a eu droit Ă  l’expression, presque tout le monde en a profitĂ©. Le meilleur a cĂŽtoyĂ© le pire, Ă©clairs de gĂ©nie poĂ©tique et discours soporifiques. Foire aux idĂ©es, fraternitĂ© universelle, dĂ©mocratie directe, sociĂ©tĂ© sans classe, spectacle permanent, happening. Était-ce si neuf ? En fĂ©vrier 1848, Tocqueville, grand tĂ©moin de son temps, Ă©crit Ă  propos de la brĂšve rĂ©volution d’alors J’avais sans cesse l’impression qu’ils Ă©taient en train de reprĂ©senter la RĂ©volution française bien plutĂŽt que de la continuer. » Et Proudhon La nation française est une nation de comĂ©diens. » AprĂšs avoir fait tout ce qu’il a fait au cours de six ans et demi de fonctions [
] il Ă©tait bon qu’il fĂ»t, sans aller jusqu’à l’épuisement, placĂ© en rĂ©serve de la RĂ©publique. »3081 Charles de GAULLE 1890-1970, ConfĂ©rence de presse, 9 septembre 1968. L’AnnĂ©e politique, Ă©conomique et sociale en France 1968 Ainsi parle-t-il de Georges Pompidou. Tout le monde s’attendait Ă  la reconduction du Premier ministre ex professeur, l’homme de Matignon s’est finalement bien sorti des Ă©vĂ©nements et des Ă©lections. Sa dĂ©mission acceptĂ©e et son remplacement par Maurice Couve de Murville sont la surprise de la mi-juillet 1968. Portons donc en terre les diables qui nous ont tourmentĂ©s pendant l’annĂ©e qui s’achĂšve. »3083 Charles de GAULLE 1890-1970, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 31 dĂ©cembre 1968. Les Discours de vƓux des prĂ©sidents de la RĂ©publique la France au fond des yeux 1992, Françoise Finniss-Boursin. L’agitation recommence en janvier, Ă©tudiants et surtout lycĂ©ens manifesteront dans les mois, les annĂ©es Ă  venir. Mais les diables de Mai 68 appartiennent au passĂ©. 8. 1969. Sortie de scĂšne en forme de coup de théùtre. La France est veuve »  mais Charles de Gaulle n’a pas fini de se rappeler Ă  nous, au fil de l’actualitĂ© et des crises. Ce n’est, je crois, un mystĂšre pour personne que je serai candidat Ă  une Ă©lection Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique quand il y en aura une. Mais je ne suis pas du tout pressĂ©. »3084 Georges POMPIDOU 1911-1974, DĂ©claration Ă  la fin de son sĂ©jour Ă  Rome, 17 janvier 1969. AnnĂ©e politique 1970 Pompidou a bien mĂ©ritĂ© de la France et acquis une vraie popularitĂ©. RemplacĂ© par Couve de Murville Premier ministre, il vise plus haut et il n’y a qu’un poste la prĂ©sidence. Il y pense. Quelques jours plus tard, Ă  GenĂšve J’ai un passĂ© politique. J’aurai peut-ĂȘtre, si Dieu le veut, un destin national. » Dans l’accomplissement de la tĂąche nationale qui m’incombe, j’ai Ă©tĂ©, le 19 dĂ©cembre 1965, réélu prĂ©sident de la RĂ©publique pour sept ans par le peuple français. J’ai le devoir et l’intention de remplir ce mandat jusqu’à son terme. »3085 Charles de GAULLE 1890-1970, DĂ©claration Ă  l’issue du Conseil des ministres, 22 janvier 1969. AnnĂ©e politique 1970 C’est dire qu’en apparence, le prĂ©sident n’est pas plus pressĂ© de partir que son ex-Premier ministre d’arriver. Donc, tout est dans l’ordre des choses. Mais de Gaulle en dĂ©cide soudain autrement. Il en appelle Ă  la France, une fois de plus. De la rĂ©ponse que fera le pays Ă  ce que je lui demande va dĂ©pendre Ă©videmment soit la continuation de mon mandat, soit aussitĂŽt mon dĂ©part. »3086 Charles de GAULLE 1890-1970, entretien tĂ©lĂ©visĂ© avec Michel Droit, 10 avril 1969. De Gaulle, volume III 1986, Jean Lacouture Contre vents et marĂ©es, avis et prĂ©dictions, alors que l’AssemblĂ©e lui assurait une fin de septennat sans histoire, le gĂ©nĂ©ral a voulu un rĂ©fĂ©rendum, annoncĂ© en fĂ©vrier sur la rĂ©forme rĂ©gionale et la rĂ©forme du SĂ©nat. C’est encore une question de confiance entre lui et le pays. Il met tout son poids politique dans la balance, menaçant de partir en cas de non. Tous les partis de gauche font naturellement campagne pour le non, et ValĂ©ry Giscard d’Estaing aussi. Pompidou appelle au oui, mais sans vraie conviction. Verdict du 27 avril 48 % de oui et 52 % de non. Le lendemain, de Gaulle dĂ©missionne. Le caractĂšre, c’est d’abord de nĂ©gliger d’ĂȘtre outragĂ© ou abandonnĂ© par les siens. »2979 Charles de GAULLE 1890-1970. Les ChĂȘnes qu’on abat 1979, AndrĂ© Malraux Le prĂ©sident a ressenti dramatiquement l’échec de ce dernier rĂ©fĂ©rendum. Il dĂ©missionne et s’en retourne dans sa retraite de Colombey-les-Deux-Églises, pour Ă©crire des mĂ©moires qui resteront inachevĂ©s. Cas sans prĂ©cĂ©dent de suicide en plein bonheur. »3087 François Mauriac 1885-1970, Ă  propos du rĂ©fĂ©rendum d’avril 1969. De Gaulle, volume III 1986, Jean Lacouture De Gaulle part en Irlande, pour ne pas ĂȘtre impliquĂ© dans la campagne prĂ©sidentielle – il votera par procuration. Il retourne ensuite Ă  Colombey, s’enfermer dans sa propriĂ©tĂ© de la Boisserie pour un dernier face Ă  face avec l’histoire la rĂ©daction quelque peu dĂ©senchantĂ©e, quoique sereine, de ses MĂ©moires d’espoir. Le gĂ©nĂ©ral de Gaulle est mort. La France est veuve. »3127 Georges POMPIDOU 1911-1974, DĂ©claration du prĂ©sident de la RĂ©publique, Allocution radiotĂ©lĂ©visĂ©e, 10 novembre 1970 Cette mort remonte au soir du 9 novembre, alors que le gĂ©nĂ©ral, avant le dĂźner, faisait une patience jeu de cartes, dans sa rĂ©sidence personnelle de la Boisserie, Ă  Colombey-les-Deux-Églises. Il est pris d’un malaise, c’est une rupture d’anĂ©vrisme. Il meurt 20 minutes aprĂšs, Ă  79 ans. En 1940, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle a sauvĂ© l’honneur, il nous a conduits Ă  la libĂ©ration et Ă  la victoire. En 1958, il nous a gagnĂ© la guerre civile. Il a donnĂ© Ă  la France ses institutions, sa place dans le monde. En cette heure de deuil pour la patrie, inclinons-nous devant la douleur de Mme de Gaulle, de ses enfants et petits-enfants. Mesurons les devoirs que nous impose la reconnaissance. Promettons Ă  la France de n’ĂȘtre pas indignes des leçons qui nous ont Ă©tĂ© dispensĂ©es, et que, dans l’ñme nationale, de Gaulle vive Ă©ternellement », dĂ©clare le prĂ©sident Pompidou. Le petit village de Colombey-les-Deux-Églises, dĂ©partement de Haute-Marne, va devenir un lieu de pĂšlerinage national. À la fin, il n’y a que la mort qui gagne. »2980 Charles de GAULLE 1890-1970, citant volontiers ce mot de Staline dans ses MĂ©moires de guerre Malraux reprend cette phrase dans ses AntimĂ©moires le Miroir des limbes. La mort fut certainement omniprĂ©sente dans ce dialogue au sommet de l’intelligence, qui rĂ©unit les deux hommes. Jusqu’à la mort du gĂ©nĂ©ral de Gaulle. DĂ©bats Cuisine + affiche des Ă©missions dĂ©calĂ©es comme "Chaud devant", menĂ©e de main de maĂźtresse dominatrice par la Canadienne Nadia Giosia, une gothique aux bagouses de bikeuse "No future" et aux stilettos lacĂ©s. PubliĂ© le 04 dĂ©cembre 2012 Ă  16h25 - Mis Ă  jour le 04 dĂ©cembre 2012 Ă  16h48 Temps de Lecture 2 min. Article rĂ©servĂ© aux abonnĂ©s France 3 diffusait lundi 3 dĂ©cembre, en seconde partie de soirĂ©e, Claude et Georges Pompidou, l'amour au coeur du pouvoir, un documentaire qui relatait les derniĂšres annĂ©es de Georges Pompidou et, au moment que je l'ai pris en cours, le dernier voyage en URSS du prĂ©sident de la RĂ©publique, en mars 1974, le visage bouffi de cortisone. Pompidou, nous rappelait le commentaire, aimait, comme Leonid Brejnev, la bonne chĂšre. Ce qui, par ricochet mĂ©moriel, me rappela les anciennes Ă©missions culinaires de Raymond Oliver, chef du Grand VĂ©four, et Catherine Langeais, la speakerine favorite de l'Ă©poque, qui furent les vedettes, de 1954 Ă  1967, d'"Art et magie de la cuisine", sur la premiĂšre chaĂźne. Mes souvenirs doivent me tromper quelque peu, car j'Ă©tais tout de mĂȘme bambin, en 1967, Ă  moins que je ne confonde avec des rediffusions ultĂ©rieures du programme ou avec "La vĂ©ritĂ© est au fond de la marmite", l'Ă©mission animĂ©e, quelques annĂ©es plus tard sur Antenne 2, par le fils d'Oliver, Michel Oliver, et Anne-Marie Peysson, une autre speakerine de la tĂ©lĂ©vision de l'Ă©poque devenue animatrice. Certes, on trouve toujours aujourd'hui des programmes culinaires dont le principe respecte celui de feu Raymond Oliver un professionnel indique Ă  un candide comment se tirer des tours et astuces basiques de la cuisine mĂ©nagĂšre ce que faisaient MaĂŻtĂ© Ordonez et Micheline Banzet dans "La Cuisine des mousquetaires", le programme lĂ©gendaire de France 3, ou, aujourd'hui, Eric LĂ©autey et ses apprentis cuisiniers dans "Mon chef bien-aimĂ©", sur Cuisine +. Mais, la tornade de la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© Ă©tant passĂ©e par lĂ , avec ses deux programmes phares - "Masterchef" sur TF1 et "Top chef" sur M6, les jeunes ont pris le pouvoir, d'autant qu'il est devenu sexy et cool de s'exposer les mains dans le frichti. Place donc aux jeunes, aux trĂšs jeunes parfois. Je ne parle pas de "Masterchef junior", diffusĂ© en juillet et qui me laisse encore un souvenir attendri, mais d'un programme comme celui du jeune Irlandais Donal Skehan 26 ans, en paraĂźt dix de moins, ancien membre de boys band parti sur les traces cathodiques du chef vedette britannique Jamie Oliver rien Ă  voir avec Raymond et Michel, et qui s'exprime sur un ton autrement moins factice que celui de "Pop Cuisine", dĂ©jĂ  bien dĂ©modĂ©, que prĂ©sentait, avec tutoiement jeuniste de rigueur, le cuisinier amĂ©ricain George Duran, sur Cuisine +, il y a une dizaine d'annĂ©es. Il vous reste de cet article Ă  lire. La suite est rĂ©servĂ©e aux abonnĂ©s. 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DĂ©terminĂ© Ă  tourner la page de sa relation avec Victoire, Georges pourrait bien retrouver l’amour au cours des prochains Ă©pisodes de "Demain nous appartient". Attention, cet article contient de nombreux spoilers sur les prochains Ă©pisodes de Demain nous appartient. Si vous ne voulez rien savoir, ne lisez pas ce qui suit. SĂ©parĂ© de Victoire SolĂšne HĂ©bert depuis plusieurs semaines dĂ©jĂ , Georges Mayel Elhajaoui semble dĂ©sormais prĂȘt Ă  tourner la page et Ă  faire des rencontres dans Demain nous appartient. MĂȘme si son premier rendez-vous avec Astrid a tournĂ© au fiasco, l’amour s’apprĂȘte bel et bien Ă  frapper Ă  la porte du policier au cours des prochains Ă©pisodes du feuilleton quotidien Ă  succĂšs de TF1. Et autant dire que cette nouvelle histoire avec un personnage bien connu des tĂ©lĂ©spectateurs sera plutĂŽt inattendue. Dans un extrait inĂ©dit dĂ©voilĂ© en avant-premiĂšre sur MYTF1, Georges fait la rencontre de Vanessa Victoire Dauxerre, la cheffe du Spoon au caractĂšre bien trempĂ©. Venu dĂ©jeuner seul au restaurant, il profite qu’elle vienne le voir pour la complimenter sur le plat qu’il vient de dĂ©guster. Si Georges et Vanessa commencent par discuter de cuisine, leur Ă©change prend rapidement un tour bien plus personnel. "En fait, c’est un peu compliquĂ© en ce moment pour moi. C’est le grand vide", lui raconte-t-il sans dĂ©tour. Lorsqu’elle lance que l’on finit par s’habituer Ă  la solitude, Georges Ă©voque tout le mal qu’il rencontre pour avoir un rendez-vous convenable. Contre toute attente, Vanessa fend alors l’armure et se laisse aller Ă  quelques confidences. "L’histoire de ma vie. Finalement on est pareil vous et moi. On se retrouve comme ça parce qu’on est trop gentil. Alors Ă  force de faire des courbettes, de prendre sur soi, de prendre soin des autres, on se fait piĂ©tiner.". Et de poursuivre, "Ça se sent que vous avez un cƓur pur. Donc forcĂ©ment certaines femmes doivent en profiter.". En plus des points communs qu’ils partagent, le courant passe plutĂŽt bien entre Georges et Vanessa. Cette rencontre serait-elle le dĂ©but d’une nouvelle idylle? Selon les synopsis publiĂ©s par TF1, Georges et Vanessa vont continuer de se rapprocher. Tandis que Vanessa est "transformĂ©e par sa nouvelle relation", cette histoire "ne plaĂźt pas du tout Ă  Victoire" ni Ă  l’entourage de Georges. En effet, Vanessa "Ă©tend son emprise sur Georges" qui, aveuglĂ© par ses sentiments, "reste sourd aux prĂ©occupations de ses proches". Georges Ă©coutera-t-il les mises en garde de ses proches ou choisira-t-il de suivre son coeur ? RĂ©ponse prochainement dans Demain nous appartient.

claude et georges pompidou l amour au coeur du pouvoir